M. BALIVEAU, DAMIS
M. BALIVEAU, à part.
Le sot événeraent!
DAMIS
Je ne puis revenir tle mon étonnemeut. Après un tel prodige , on en croira mille autres. Quoi, mou oncle, c'est vous? Et vous êtes des nôtres ! Heureux le lieu, l'instant, l'emploi qui nous rejoint !
M. BALIVEAU
Raisonnons d'autre chose, et ne plaisantons point. Le hasard a voulu...
DAMIS
Voici qui paroît drôle.
Est-ce vous qui parlez, ou si c'est votre rôle?
M. BALIVEAU
c'est moi-même qui parle , et qui parle à Damis. Voilà donc ce que fait mon neveu dans Paris? Qu'a pi-oduit un séjour de si longue durée? Que veut dire ce nom : Monsieur de l'Empyrée? Sied-il, daus ton état, d'aller ainsi vêtu? Dans quelle compagnie, en quelle école es-tu?
DAMIS
Dans la vôtre, mon oncle. Un peu de patience. Imitez-moi. Voyez si je romps le silence •Sur mille questions, qu'en vous trouvant ici, l'eut-ctre suis-je en droit d'oser vous faire aussi.
A(JTK 111, .SCÈNL VII. :>87
, M;iis c'est que notre rôleeSt uotfe unique affaire; l't que (le nos débats le piiblic u'a que faire. M. BALIVEAU, levant sa canne .
( loquiu ! tu te prévaux du contre-temps maudit...
D AMIS
Monsieur, ce geste-là vous devient interdit! Nous sommes, vous et moi, meiubres de comédie. iVotre corps n'admet point la méthode hardie De s'arroger ainsi la pleine autorité; Kt l'on ne connoît point chez nous de primauté.
M. B A LI VE AU, « p«r<.
< ; est à moi de plier, après mon incartade.
D À :« I s , gaiement.
iîépétons donc en paix. Voyons, mon camarade, .le suis un fils ..
M. liALl VEA U.
.l'ai ri. Me voilà désanné.
l't vous, un père...
M. BALIVEAU
Eh oui, bourreau! tii m'as nommé, .le n'ai que trop pour toi des entrailles de père; 1-^t ce fut le seul bien que te laissa mon frère. Quel usage en fais-tu? Qu'ont servi tous mes soins?
D A MIS
A me mettre en état de les implorer moins. Mon oncle, vous avez cultivé mon enfance : Je ne mets point de borne à ma reconnoissancé ; Et c'est pour le prouver, que je veux désormais Commencer par tâcher d'en mettre à vos bienfaits;
288 LA METIIOMANIE.
Me suffire à moi-même, eu volant à la gloire j Et chercher la fortuue au temple de Mémoire.
M. BALIVEAU
où la vas-tu chercher? Ce temple prétendu.
Pour parler ton jargon , n'est qu'un pays perdu ,
Où la nécessite, de travaux consumée,
Au sein du sot orjjueil, se repaît de fumée.
Eh I malheureux! crois-moi : fuis ce terroir ingrat.
Prends un parti solide, et fais choix d'un état.
Qu'ainsi que le talent, le bon sens autorise;
Qui te distingue, et non qui te singularise;
Où le génie heureux brille avec dignité;
Tel qu'enfin le liarreau l'offre à ta vanité.
DAMIS
Le barreau ! ,
M. BALIVEAU
Protégeant la veuve et la pupille , C'est là qu'à l'honorable on peut joindre l'utile. Sur la gloire et le gain établir sa maison, Et ne devoir qu'à soi sa fortune et son nom.
DAMIS
Ce mélange de gloire et de gain m'importune. On doit tout à l'honneur, et rien à la fortune. Le nourrisson ilu l'inde, ainsi que le guerrier, .\ tout l'or du P(irou préfère un beau laurier. L'avocat se peut-il égaler au poète?
iJe ce dernier la gloire est durable et complète. Il vit long-temps après que l'autre a dis])aru. .Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patrii. Vous parlez du barreau de la Grèce et de lîonte.