ACTE III, SCENE VII
Il ne couroune point ceux que la crainte arrête. Ces maîtres même avoient les leurs en débutant; Et tout le monde alors put leur eu dire autant.
M. BALIVEAU
Mais les beautés de l'art ne sont pas infinies. Tu m'avoueras du moins que ces rares génies , Outre le don qui fut leur principal appui, Moissonnoient à leur aise où l'on glane aujourd'hui.
Ils ont dit, il est vrai, presque tout ce qu'on pense. Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance. Mais le remède est simple : il faut faire comme eux; Us nous ont dérobé, dérobons nos neveux; Et , tarissant la source où puise un beau délire, A la postérité ne laissons rien à dire. Un démon triomphant m'élève à cet emploi; Malheur aux écrivains qiû viendront après moi !
M. BALIVEA U.
Va! malheur à toi-raéme, ingrat! cours à ta perte! A qui veut s'égarer, la carrière est ouverte. Indigne du bonheur qui t'étoit préparé, Rentre dans le néant dont je t'avois tiré. Mais ne crois pas que, prêt à remplir ma vengeance. Ton châtiment se borne à la seule indigence. Cette soif de briller, où se Fixent tes vœux, s'éteindra, mais trop tard, dans des dégoûts affreux. Va subir du public les jugements fantasques. D'une cabale aveugle essuyer les bourasques , Chercher en vain quelqu'un d'humeur à t'admirer, Et trouver tout le monde actif a censurer.
Va des auteurs sans nom grossir la foule obscure.
Égayer la satire , et servir de pâture
A je ne sais quel tas de brouillons affamés,
Dont les écrits mordants sur les quais sont semés.
Déjà dans les cafés tes pi-ojets se répandent.
Le parodiste oisif et les forains t'attendent.
Vas, après t'être vu sur leur scène avili.
De l'opprobre, avec eux, retomber dans l'oubli.
Que peut, contre le roc, une vague animée? Hercule a-t-il péri sous l'effort du Pygmée! L'Olympe voit en pai.x fumer le mont Etna. Zoïle contre Homère en vain se déchaîna; Et la palme du Cid, malgré la même audace, Croît et s'élève encore au sommet du Parnasse.
M. BALIVEAU
Jamais l'extravagance alla-t-elle plus loin? Eh bien ! tu braveras la honte et le besoin. Je veux que ton esprit n'en soit que plus rebelle. Et qu'aux siècles futurs ta sottise en appelle; Que, de ton vivant même, ou admire tes vers; Tremble, et vois sous tes pas mille abymes ouverts! L impudence d'autrui va devenir ton crime. On mettra sur ton compte un libelle anonyme. Poursuivi, condamné, proscrit sur ces rumeurs, A (jui veux-tu qu'un honiinc en appelle?
UA MIS
.\ ses mœurs.
M. BALIVEAU
A ses mo'urs? Et le monde, en ces sortes d'orages,