FRÉDÉRIC, CASIMIR
CASIMIK.
Ah! seigneur, où courez-vous? D'où naissent Les transports et le trouble où tous vos sens paroissont? Fuyez-vous un séjour où l'aveugle fureur..
FRÉDÉRIC
Ah ! je me fuis moi-niéme , et je me fais horreur.
Casimir, c'en est fait ! j'ai part au parricide !
J'ai du sort de Gustave instruit Adélaïde.
Je n'ai pu surmonter la pitié qu'inspiroit
Une espérance vaine où son cœur s'égaroit.
Mes pleurs l'ont détrompée, et j'en porte la peine.
Son malheur contre moi va redoubler sa haine.
Annoncer ce malheur, l'avoir moi-même osé ,
C'est m'être mis au rang de ceux qui l'ont causé.
Ma douleur à ses yeux peut-elle être sincère?
Elle craint mon amour : elle croit que j'espère,
Qu'un triomphe secret renferme dans mon sein
Les lâches sentiments d'un rival inhumain.
Je ne la blâme pas : d'ennemis entourée.
Sur quelle foi veut-on qu'elle soit rassurée?
Il n'est pour elle ici qu'injure ou faux respect,
Rien qui ne lui doive être odieux ou suspect.
Je ne m'en prends qu'aux soins du tyran qui l'accable :
Plus il veut mon bonheur, plus il me rend coupable:
A sa honte, à la mienne, il veut être obéi;
i42 GUSTAVE-WASA.
Et, s'il me sen'oit moins, je serais moins haï.
CASIMIR
Courez donc l'arracher d'auprès de la princesse , Que saus doute pour vous eu ce raoraent il presse.
FRÉDÉRIC
Et c'est là le sujet de mon emportement ! Je courois la rejoindre à son appartement, Épancher à ses pieds et mon cœur et mes larmes , Jurer de ne jamais attenter à ses charmes; Et là-dessus, du moins, la laisser sans effroi. Christierne venoit de s'y rendre avant moi; Et quand je veux l'y suivre on m'en défend l'entrée. De douleur , de dépit , je me sens l'ame outrée : C'est trop mettre à l'épreuve un prince au désespoir. Qui hors de l'équité méconnoît tout pouvoir, Qui peut briser un joug qu'il s'imposa lui-même. Je ne réponds de rien, blessé dans ce que j'aime : Tant de méchancetés, d'injustices, de sang. Ne rappellent que trop Frédéric à son rang.
Casimir.
Remontez-y , seigneur; abattez qui vous brave : Attaquez-le en un temps où le sang de Gustave, Où le sang indigné de tant d'autres proscrits Aux lieux d'où part la foudre a fait monter ses cris. Vos anues, dans le cours d'une si juste guerre. Auront l'appui du ciel, et les vœux de la terre... Que dis-je? Le tyran n'est-il pas déposé? Le jieuple et le sénat pour vous ont tout osé: La clameur vous couronne, et la flotte informée Déjà du même zèle est sans doute animée.