‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 93 sur 242 · ACTE II, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. i

CASIMIR

Tel qui s'en flatte ici, s' eu flatte bien en vain.

GUSTAVE

Tu crois que sa constance eût honoré jua cendre?

CASIMIR

Dans la tombe avec vous elle est prête à descendre.

GUSTAVE

Je ne connois donc plus ni crainte ni danger. Ami; Stockholm est libre, et je vais vous venger.

CASIMIR

Eh ! quelle trame heureuse a donc été tissue? J'ignore l'entreprise au moment de l'issue. De vos secrets , seigneur, j'étois moi seul exclus. Et de votre amitié vous ne m'honoriez plus ?

GUSTAVE

En entrant, tu l'as vu , sur un bruit qui t'offense , J'évitois, je l'avoue, et craiguois ta présence. Christierne, dit-on, est devenu ton roi, T'appelle à ses conseils, et ne s'ouvre qu'à toi.

CASIMIR

A tous beaux sentiments une ame inaccessible,

D'aucune confiance est-elle susceptible?

Non, seigneur, non: le traitre, au crime abandonné,

Se croit de ses jjareils toujours environné;

Et s'il me distingua, ce ne fut qu'un caprice

Oui fut une faveur pour moi, moins qu'un supplice.

J'en soutenois l'affront; mais le motif est beau:

Vos amis sans cela seroient tous au tombeau.

Je flattois sans rougir une injuste puissance,

(jui souvent à ma voix épargna l'innocence;

i46 CUSTAVE-WASA.

Et vous (levez, seigneur, à ce zèle, à ma foi, Ceux ijiie vous avez crus plus fidèles que moi.

GUSTAVE

Pardonne, et désormais n'ayons l'ame occupée

Que du plaisir de voir mon erreur dissipée.

Je te retrouve stable et ferme en ton devoir;

Tu me revois vivant et plein d'un bel espoir.

Dans le piège mortel je tiens enfin ma proie.

Conçois-tu, Casimir, mon audace et ma joie?

Pour te les peindre , songe aux horreurs du passé,

A tant d'excès commis, à tant de sang versé.

Rappelons-uous ici ma première infortune,

Image à des vengeurs plus douce qu'importune.

A la cour du tyran , Gustave ambassadeur,

Et d'un sang dont l'on dût révérer la splendeur.

Eprouve des cachots la rigueur et l'injure.

Je languis dans les fers, tandis que le parjure

En vient charger ici des peuples éperdus,

Qu'il craignoit que mon bras n'eût trop bien défendus.

Échappé, mais trop tard, et fuyant nos frontières,

Depuis cinq ans en proie aux armes étrangères,

Je passai sous un ciel encor plus ennemi ,

Où le soleil n'échauffe et ne luit qu'à demi.

Tombeau de la nature , effroyables rivages

Que l'ours disj)ute encore à des hommes sauvages :

Asile inhabitable, et tel qu'en ces déserts

Tout autre fugitif eût regretté ses fers.

.Sans amis, sans patrie , ignoré sur la terre ,

C'est là , durant trois ans , que je fuis et que j'erre ,

Qu'impuissant ennemi, qn'.imaut infortuné.

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