ACTE II, SCÈNE III
Je maudis mille fois le jour où je suis ué. Une misère enfin si profonde et si rare Trouva quelque pitié dans ce climat barbare. Des cavernes du >'ord , du fond de ses frimas , Je sus faire sortir des hommes , des soldats; Et même des amis généreux et fidèles, A ne le pas céder aux âmes les plus belles. Suivi d'eux, je reviens ; et les âpres hivers Nous fout d'un pied léger franchir de vastes mers. A peine ai-je abordé cette triste contrée, Et de quelque succès signalé mon entrée, Que l'espoir, à ce bruit, renaissant dans les cœurs. Range nos vieux guerriers sous mes drapeaux vengeurs. C'est alors que pour vaincre il fallut disparoître. Et qu'un prix publié , dignes armes d'un traître , Abandonnant ma vie aux plus indignes mains , Environna mon camp, le remplit d'assassins. Je dépouille d'un chef l'apparence nuisible : Travesti, mais des miens par-tout l'ame invisible. Je marche à la faveur de ce dé^;uisement; Et Gustave à couvert triomphe impunément: Dans Stockholm, à l'abri de l'heureux stratagème, Je viens seul me servir d'émissaire à moi-même. Là je vois mon devoir écrit de tout côté : D'un temple, d'un palais le marbre ensanglanté. Une veuve, une fille, une mère ])laintive, Tout m'émeut, tout retrace à mon ame attentive L'instant où, de le::r fils réclamant le secours. Périrent, sous le fer, les auteurs de mes jours: Et juge de ma tendre et vive impatience ,
i4S GUSI'AVE-WASA.
Quand , le cœur emljrasé d'amour et de vengeance , Je lance mes regards vers l'horrible prison Où vous laissez gémir le beau sang de Sténon. J'assemble mes amis ; mon aspect les anime : J'ai peine à réprimer une iirdeur magnanime. Ils doivent cette nuit attaquer le palais. Tandis qu'à fondre ici des bataillons tout prêts. Du creux de nos rochers sortant sous ma conduite. Amèneront l'alarme et le meurtre à ma suite. Du carnage mou nom sera l'affreux signal. Mais je veux m'assurer, avant l'instant fatal. D'un salut dont le soin m'agiteroit sans cesse; Je veux de ce palais enlever ma princesse. Dans ce dessein, qu'en vain tu n'approuverois pas. Après avoir semé le bruit de mon trépas , J'ose me présenter au tyran que je brave, A titre de vainqueur du malheureux Gustave. J'hésitois, je l'avoue, à m'y déterminer: L'ombre de l'imposture a de quoi m'étonner; Mais songeons qu'il y va des jours d'Adélaïde, Et croyons tout permis pour punir uu perfide.
CASIMIR
l*'h! ne craignez-vous pas, seigneur, en vous montrant. Du tyran soupçonneux le regard pénétrant?
GUSTAVE
Non; lorsque le liarbare usa de violence, ' Son ordre m'épargna l'horreur de sa présence. Et rendu, par le temps, méconnoissable aux miens, ,1e puis me présenter sans risque aux yeux des siens. Mais, quand pour m introduire auprès de la |)rincesse,