ACTE II, SCÈNE IV
Mais , loin de vous calmer, j'irrite vos alarmes. Moi-même , en vous ])arlant, je sens couler mes larmes. Vous arrêtez sur moi vos regards attendris : Vous pleurez !... Ah ! j'ai peine à retenir mes cris; Peu s'en faut qu'à vos pieds je ne tombe éperdue. O, qui que vous soyez, votre douleur me tue.
THÉODORE
Irène!...
IRÈNE
Eh bien ! seigneur, pourquoi me nommez-vous ?
THÉODORE
chère Irène!...
IRÈNE
Seigneur...
THÉODORE
Ah! mouvement trop doux!
Je pleure... je t'appelle... et tu doutes encore?
IRÈNE
Ah ! mou père î. . Ah ! grand Dieu ! . . C'est lui , c'est Théodore.
Vous soupirez!... Hélas! Irène a-t-elle pu.
En blessant vos regards , attrister la vertu ^
Ah ! mou père , chassez un doute qui m'offense.
Oui , j'ose à vos regards m'ot'frir en assurance.
Je mérite l'amour d'un père tel que vous.
THÉODORE
Et je me livre donc aux transports les plus doux ! Ma fille, embrassez-moi... Vous dissipez la crainte Dont, en vous retrouvant, j'ai ressenti l'atteinte. Qu'un sultan orgueilleux subisse votre loi , Vous êtes innocente, et c'est assez pour moi;
. i» MAHOMET SKCOXU.
Mais achevez, culiiiez mes craintes inquiètes, Ouvre/, les yeux, Irèue, et voyez où vous êtes, l'are de mille attraits, à la pudeur mortels. Dans ces lieux infectés le crime a des autels : l'ar l'avilissenient la faveur s'y dispense; A coté du forfait marche la récompense : Mille voiles l)rillants couvrent le dëshoinieur, Kt toujours la bassesse y mène à la grandeur. Ma fille, {jrace au ciel, l'erreur ni la foiblessc N'ont point dans cet abyme entraîné ta jeunesse; Mais crains , fuis le danger ; il te presse , il te suit : L'orgueil l'attend, succombe; et la vertu le fuit.
IRÈN E.
Mou père, digne auteur de ma triste famille, IMou père, dans vos bras recevez votre fille. La vérité terrible a dessillé mes yeux. Fuyons. .Vrrachez-moi de ces funestes lieux. Parmi tant de dangers ma jeunesse imprudente S'égaroit, et marchoit aveuglée et contente. Vous m'éclairez; malgré le trouble de mon ccRur, Vous me verrez fidèle au devoir, à l'honneur,
(à part. ) A ma foi... Oui, mon Dieu ! brise mon esclavage. Tu parles; j'obéis. Achève ton ouvrage.
THÉO DORE
Oui, ma fille, sans doute, il brisera vos fers ; Oui , sur votre péril ses yeux se sont ouverts , lit son bras jusqu'à vous aujourd'hui ne me guide (^ue pour encourager votre vertu timide. . Ue ce vaste palais je comtois les détours ;