ACTE II, SCENE II
Un intérêt commun aujourd'hui nous engage; Je termine vos maux, vous défendrez Carthage; Et, malgré tant de rois contre nous irrités. Vous saurez affermir le trône où vous montez. Cher prince, qu'il est doux pour mon cœur, pour le vôtre, Que notre sort dépende et de l'un et de l'autre. Et qu'un lien charmant , l'objet de tous nos vœux. Finisse nos malheurs en couronnant nos feux!
ÉNÉE
Ah! c'est de tous les biens le plus cher à mon ame !
Quel comble à vos bienfaits ! quel bonheurpourma flamme!
{à part.) Quoi ! je serois à vous?... Espoir trop enchanteur, Ne seras-tu pour moi qu'une flatteuse erreur?...
(à Didon.) Mais ma crainte peut-être en secret vous offense : Pardonnez; le malheur nourrit la défiance... Ah ! si je disposois des jours que je vous doi , Et si tous les Troyens peusoient comme leur roi...
DiDON, l'interrompant.
Que dites-vous, seigneur? quelle alarme nou\elle...
ÉNÉE, l'interrompant.
s'il faut périr pour vous, je réponds de leur zèle; Mais je vous aime trop pour rien dissimuler. Ma princesse...
{ // hésite. )
DIDON
Achevez. Vous me faites trembler.
ÉNÉE
Vous voyez sur ces bords le déplorable reite
3(1 DIDDN.
D'un |ii'iiple.si loin;-tenjps à ses vainqueurs funeste.
Cepeiuliiiit, a<cal)le du inalhciu <jui le suit ,
Malgré rabaissement où le ciel l'a rëtiuit,
Malj;ré tant d'euneinis obstinés à sa perte,
Et la mort tant de Fois à ses rejjards offerte ,
Ce reste fugitif, ce peuple infortuné,
A soumettre les rois croit être destiné.
Les 'l'roycns, sur mes pas, veulent se rendre niailres
Des climats où jadis ont réjné leurs ancêtres.
LAusonie est ce lieu si cher à leurs désirs.
Leurs chefs osent déjà condamner mes soupirs.
Je tremble que du ciel les sacrés interprètes
Ne joignent leur suffrage à ces rumeurs secrètes ,
Et qu'un zèle indiscret, échauffant les esprits.
Ne porte jusqu'à moi la révolte et les cris.
Tel est du préjugé le pouvoir ordinaire;
11 soumet aisément le crédule vulgaire;
Courageux sans honneur, scru|)ul('ux sans vertu,
Souvent, dans les transports dont il est combattu ,
Le soldat entraîné sur la foi d'un oracle.
Du respect pour les rois foule à ses pieds l'obstacle.
Cède sans la connoître, à la religion ,
Et se fait un devoir de la rébellion...
Ali ! si le même jour oîi mon ame contente
Se promet un bonheur qui passoit mon attente,
Si, dans le moment même où vous me l'annoncez,
[voyant Didon chanijrr de. figure.) Une gloire barbare... llélas, vous frémissez!