‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 204 sur 279 · ACTE I, SCÈNE l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE l

Elle résiste encore au torrent qui l'entraîne. Mais pesez vos desseins. Qui , moi , la réformer? Je ne connois en moi rien quelle puisse aimer. Je le sens à regret , mais j'ose vous le dire , Le moindre petit-maître obtiendra plus d'empire.

ORPHISE

Non : tous nos merveilleux près d'elle ont échoué , Et de tous leurs assauts son orgueil s'est joué. Contente d'entasser conquêtes sur conquêtes, Elle a pour tous les coeurs des chaînes toujours prêtes; Mais, en les soumettant, elle échappe à leurs traits , Et du sien jusqu'ici rien n'a troublé la paix.

CLITANDRE

L'avis est excellent : mais songez doue, madame. Qu'en voulant allumer une imprudente flamme Je pourrois le premier en être consumé. Pour braver tant d'attraits , suis-je assez bien armé? Veuve et très jeune encor, riche, spirituelle, Fière de vingt talents , aimable autant que belle , Mes yeux, long-temps fixés sur tant d'appas divers, Pourroient faire à mon coeur oublier ses travers; Je n'ose le risquer.

ORPHISE

Je vous connois, Clitandre :

Lorsqu'à tant de beautés vous craignez de vous rendre. Ce n'est là qu'une excuse, un honnête détour. La vertu seule a droit d'allumer votre amour : Jusqu'à ce jour ma nièce a conservé la sienne. Mais bientôt il n'est plus de frein qui la retienne. Vous pensez comme moi sur cet arlicle-lù :

3oo LA COQUKTTK COHUIGÉF.

D'un il.Tii(;er si pressant , ili- (;ru<:i', arr.'iclions-l.i Aidez-moi de vos soins.

CLITA \ DU i;.

Il faut être sincère.

Ce projet qui vous flatte a trop de quoi me plaire. Déjà pins d'une fois j'ai surjiris d;ins u)ou cteur Des désirs inquiets d'oljtenir ce l)onlieur; Déjà depuis ion(;-tcnips ma raison en alarmes Ne peut qu'avec effort résister à ses charmes : De toutes ses erreurs peu tranquille ténioiii , Je la suis à regret, et l'admire de loin. Ainsi, vous le voyez, l'épreuve est dangereuse.

onPHlSE.

Klie vous aimera : son sort est d'être heureuse.

Je ris de vous entendre, et vous me ravissez

Par ce ton décisif dont \ous me l'annoncez.

Et sur quoi fondez- vous un espoir qui me passe?

Oh ! je vais vous le dire ; écoutez-moi , de grâce. Depuis près de deux mois, habile à tout saisir, Je conduis mou projet, sans vous en avertir. J'ai toujours remarqué que la grande folie. Que le goût dominant de ma chère Julie, Est moins de captiver ceux qui l'aiment par choix. Que il'asservir les cœurs soumis à d'autres lois. Un amant, quel qu'il soit; la trouvera rcl)elle : Mais, qu'il en aime une autre, il devient digne d'elle; Et pour se l'attacher, il n'est feintes, détours. Ruses, dont son orgueil n'emprunte le secours.

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