ACTE IV, SCENE VIII
JULIE
Mou intérêt, monsieur! qui vous en a chargé?
CLITANDRE
Mon cœur, que ce matin vous avez exigé.
De plus d'un sentiment croyez qu'il est capable.
L'amour, vous le voyez, l'auroit rendu coupable;
Dans votre emportement vous l'auriez foudroyé:
Mais ce fracas ne peut étonner l'amitié ;
La mienne désormais, sincère et de durée,
Même en dépit de vous vous sera consacrée.
JULIE
Quel service, monsieur, dois-je à votre bouté?
CLITANDRE
Éraste , qui tantôt dans sa vivacité
Vouloit de vos billets faire un fort sot usage.
Enfin par mes conseils est devenu plus sage.
JULIE
Eh ! qu'en vou!oit-il faire?
CLITANDRE
Il parloit d'imprimer.
JULIE, effrayée.
D'imprimer! Ah! monsieur.
CLITANDRE, lui rendant un paquet de lettres. Il s'est laissé calmer.
Les voici.
JULIE
D'imprimer!
CLITANDRE
Il vous écrit, je pense.
376 LA COQUETTE COIUllCÉE.
JUtlE, ouvrant une lettre sêfntréc des autres. - Voudroit-il excuser une telK- iiii])uilence? {Elle lit.) « Je ne sais si vous remercierez beaucoup Clitandre « du préteudu service qu'il croit vous rendre, en • m'eiupêcliant d'imprimer vos lettres... Quel monstre !
CLITANDRE
Calmez-vous.
JULIE, continuant de lire.
« Le public auroit sans doute applaudi à la légèreté « de votre style, à l'agrément de vos expressions; et « vous auriez obtenu par mon moyen une célébrité « rare et prompte , à laquelle vous semblez aspirer, et Il dont sa maladresse vous [)rive encore pour quelque <• temps. >•
Les hommes sont affreux!
CLIT A N DRE
L'exemple quelquefois les rend peu généreux : Non que d'un pareil tour j'approuve la malice.
JULIE, les larmes aux yeux.
Oh ! j'en suis bien certaine, et je vous rends justice : On n'a point avec vous à craindre ces horreurs ; Et votre procédé me touche jusqu'aux pleurs.
CLITANDRE
Madame , y pensez-vous?
JULIE
Pour m'étre trop livrée...
Ah! Clitandre, un éclat m'auroit désespérée. J'en tremble encor. Comment pourrai-je m'acquitler?