ACTE I, .SCÈNE I
J'ai quitté, pour Didon, l'heureuse Phénicie. Instruit que, sans relâche, en butte au noir courroux Du tyran qui versa le sang de son époux , Elle venoit , aux bords où le destin l'exile, Contre un frère cruel mendier un asile , Je courus; je craignis pour ses jours menacés. La reine, dans ses murs à peine encor tracés, Reçut avec transport un serviteur fidèle , Et de sa confiance elle honora mon zèle. Mais qu'il faut peu compter sur la faveur des rois! Un instant détermine ou renverse leur choix. Depuis qiie les Troyens, échappés du naufrage. Ont cherché leur asile aux remparts de Carthage, Didon, qui les rassemble au milieu de sa cour, D'emplois et de bienfaits les comble chaque jour : Eux seuls ont chez la reine un accueil favorable. Ce n'est pas que j'envie un crédit peu durable; Je vois en frémissant ce reste de vaincus Prolonger nos périls , par leur présence accrus. Pour tout dire, on prétend qu'une éternelle chaîne Doit unir, en secret , Énée avec la reine.
lARBE.
Que dis-tu? Quoi! la reine... Ah! c'est trop m'outrager. Je venois la fléchir; il faut donc me venger. Les Tyriens eux-méme , indignés contre Énée , Souffriront à regret ce honteux hyménée. Toi-même, verras-tu d'un œil indifférent Couronner dans ces murs le chef d'un peuple errant ? Ta chute des Troyens seroit bientôt l'ouvrage, Madherbal : c'est à toi de seconder ma rage.
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