ACTE I, SCÈNE XIV. 2t
DUBOIS
Quelle preuve ! il y a six mois qu'il est tombé fou ; il y a six mois qu'il extravague d'amour, qu'il en a la cervelle brûlée , qu'il en est comme un perdu: je dois bien le savoir, car j'étois à lui , je le servois ; et c'est ce qui m'a obligé de le quitter, et c'est ce qui me force de m'en aller encore. Otez cela , c'est un homme incomparable.
A. RAM i> TE, un peu boudant.
Oh bien! il sera ce qu'il voudra , mais je ne le garderai pas ; on a bien affaire d'un esprit renversé-, et peut-être encore , je gage , pour quelque objet qui n'en vaut pas la peine; caries hommes ont des fantaisies...
DUBOIS
Ah ! vous m'excuserez; pour ce qui est de l'objet, il n'y arien à dire. Maiepeste ! sa folie est de bon goût.
N'importe, je veux le congédier. Est-ce que lu la connois, cette personne ?
DUBOIS
J'ai l'honneur de la voir tous les jours ; c est vous, madame.
Moi , dis-tu ?
2i6 LES FAUSSES CONFIDENCES.
ne BOIS.
Il vous adore : il y a six mois qu'il n'en vit point, qu'il donneroit sa vie pour avoir le plaisir de vous contempler uu instant. Vous avez dû voir qu'il a l'air enchante' quand il vous parle.
Il y a bien en effet quelijue petite chose qui m'a paru extraordinaire. Eh! juste ciel! le pauvre garçon ! de' qu^i s'avise-t-il ?
DCBOI s.
Vous ne croiriez pas jusqu'où va sa démence: elle le ruine, elle lui coupe la gor.<^e. Il est bien fait , d'une figure passable, bien élevé et deboune famille; mais il n'est pas riche; et vous saurez qu'il n'a tenu qu'à lui d'épouser des femmes qui l'ëtoient , et de fort aimables, ma foi ! qui offroient de lui faire sa fortune, et qui auroient mérité qu'on la leur fît à elles-mêmes : il y en a une qui n'en sauroit revenir, et qui le poursuit encore tous les jours. Je le sais, car je l'ai rencontrée.
A R A M I >■ T E , avec négligence.
Actuellement?
nu BOIS.
Oui, madame, actuellement ; une grande brune très piquante, et quil fuit. H n'y a pas moyen, monsieur refuse tout. Je les tromperois , me di-