‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 145 sur 329 · ACTE I, SCÈNE XJV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XJV

soit-il; je ne puis les aim(pr, mon cœur e»t parti : ce qu'il disoit quelquefois la larme à l'œil: car il sent bien son tort.

ARAMIXTE.

Cela est fâcheux. Mais où m'a-t-il vue avant que de veifir chez moi , Dubois ?

DUBOIS

Hélas ! madame , ce fut un jour que vous sortîtes de rOpëra , qu'il perdit la raison : c'e'toit un vendredi, je m'en ressouviens ; oui, un vendredi, il vous vit descendre l'escalier, ii ce qu'il me raconta, et vous suivit jusquà votre carrosse : il avoit demande votre nom, et je le trouvai qui e'toit comme extasie'; il ne remuoit plus.

Quelle aventure !

nu BOIS.

J'eus beau lui crier : Monsieur ! Point de nouvelles; il n'y avoit plus personne au logis. A la tin, pourtant, il revint à lui avec un air égaré; je le jetai dans une voiture , et nous retournâmes à la maison. J espérois que cela se passeroit, car je l'aimois. C'est le meilleur maître! Point du tout, il n'y avoit plus de ressource : ce bon sens, cet esprit jovial, cette humeur charmante, vous aviez tout expédié ; et dès le lendemain , nous ne fîmes /j>lus tous deux, lui , que rêver à vous , que vo\j3

2i8 LES^FAUSSES CONFIDENCES,

aimer; moi, d'épier ^depuis le matin jusqu'au soir, où vous alliez.

Tu m'étonnes à un point...

DUBOIS

Je me fis même ami d'un de vos ^ens qui n'y est plus; un garçon fort exact, et qui m'introduisoit, et à qui je payois bouteille. C'est à la comédie qu'on va, me disoit-il, etje courois faire mon rapport, sur lequel, dès quatre heures, mon homme e'toit à la porte. C'est chez mademoiselle celle-ci, c'est chez madame celle-là ; et sur cet avis, nous allions toute la soirée habiter la rue, ne vous déplaise, pour voir madame entrer et sortir, lui dans un fiacre, et moi derrière; tous deux morfondus et gelés, car c'étoitdans l'hiver; lui , ne s'en souciant guère ; moi , jurant par - ci par-là, pour me soulager.

AR.\MINTE.

Est-il possible?

ncBOiS.

Oui, madame. A la fin , ce train de vie m'er»nuya; ma santé s'altéroit, la sienne aussi. Je lui fis accroire que vous étiez à la campagne, il le crut, et j'eus quelque repos : mais n'alla-t-il pas, 4eux jours après, vous rencontrer aux Tuileries, où il avoit été s'attrister de votre absence. Au re-

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