‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 15 sur 329 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

vous supplie, le plaisir de la lui donner vousmême : la lire est la seule (ijrace que je lui demande. Et si à mon tour, madame , je pouvois jamais vous obliger....

LA MARQUISE, l interrompant.

Eh ! qui est-ce qui en doute ? Dès que vous êtes capable d'une vraie tendresse , vous êtes né ge'ne'reux, cela va sans dire; je sais à pre'sent votre caractère comme le mien ; les bons cœurs se ressemblent, chevalier. Mais la lettre n'est point cachete'e,

LE CHEVAL 1ER

Je ne sais ce que je fais dans le trouble où je suis. Puisqu'elle ne l'est point, lisez-la, madame : vous en jugerez mieux combien je suis à plaindre; nous causerons plus long-temps ensemble, et je sens que votre conversation me soulage.

LA MARQUISE

Tenez , sans compliment , depuis six mois je n'ai eu de moment supportable que celui- ci; et la raison de cela, c'est qu'on aime à soupirer avec ceux qui vous entendent. Lisons la lettre.

{Elle lit.)

« J'avois dessein de vous revoir encore , Angéti lique; mais j'ai songé que je vous désoblige- «rois, et je m'en abstiens. Après tout, qu'au-

« rors-je ëtë chercher? Je lie saurois le dire; tout

« ce que je sais, c'est que je vous ûi perdue, que

" je voudrois vous parler pour redoubler la dou-

<< leur de ma perte , pour m'en pénétrer jusqu'à

i< mourir...

{Répétant les derniers mois, et s interrompant.)

Il Pour m'en pénétrer jusqu'à mourir . » Mais cela est étonnant: ce que vous dites là, chevalier, je l'ai pense mot pour mot dans mon aftliction ; peut-on se rencontrer jusque-là? En vérité vous me donnez bien de l'estime pour vous; achevons.

( Elle relit. )

« Mais c'est fait, et je ne vous écris que pour « vous demander pardon de ce qui m'échappa « contre vous à notre dernière entrevue. Vous « me quittiez pour jamais , An.jélique ; j'étois au «désespoir, et dans ce moment-là je vous « aimois trop pour vous rendre justice ; mes re- « proches vous coûtèrent des larmes , je ne voui< lois pas les voir; je voulois que vous fussiez Il coupable , et que vous crussiez l'être , et j'a- « voue que j'offensois la vertu même. Adieu , « Angélique, ma tendresse ne finira qu'avec ma o vie, etje renonce à tout engagement : j'ai voulu Il que vous fussiez contente de mon cœur, afin

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