ACTE II, SCENE V
J'ai mis bas la liottiiie, et chaussé rescarpin : Vous vovez bien , monsieur, que ce n'est [lus Crisjiin.
FLORIMOND
Le stratagème est neuf, et ne peut me déplaire.
CRISPIN
Oh! VOUS me reprendrez , car je suis votre affaire. J'ai senti que j'avois mérité mon congé; Mais je suis jeune encor ;j'ai tout-à-coup changé De manières, de ton, et presque de visage.
FLORIMOND
Tant mieux.
c R I s P I X . Crispin, dit-on, s'avisoit d'être sage.
Le faquin! Oh! Latleur est un franc lijjertin. C'étoit un buveur d'eau que ce monsieur Crispin. Le fat: Lafleur boit sec. J'ai su que l'imbécile, Valet officieux , souple , exact et docile, Couroit au moindre signe, et servoit rondement. Patience: Lafleur est un bon garnement Qui vous fera [)ar jour donner cent fois au diable. Mais on m'a dit encore un trait plus pitoyable : Il se donnoit les airs d'être honnête homme; fi !
FLORIMOXD.
Oh! j'entends que Lafleur le soit.
CRISPIN
Cela suffit.
Eh bien?
FI.ORIMOND.
Je te reprends. Mais si tu veux qu'on t'aime, Plus de Crispin.
5o L'INCONSTANT.
CRISPIN
Parbleu, n'en piirlez. plus vous-même.
Parlons plutôt ici, parlons de vos amours. Éliaute, monsieur, vous plaît-elle toujours?
F L o R 1 M o N D , avec embarras.
Pourquoi me rappeler le nom de cette dame? 11 m'afflige, et de plus m'accuse au fond de l'ame... Elle étoit estimable, et j'en tombe d'accord... Oh! je ne change pas, et je l'estime encor... Et tu me fais songer que, dans ce moment même. Mon oncle, qui toujours suppose que je l'aime, Fait à ce sujet-là des démarches pour moi... Mais enfin , à mon âge, est-on maître de soi? yue veux-tu?... De mon cœur je suis la douce pente; J'aime, Lafleur, j'adore une fille charmante...
CRISPIN
Bon!
FLORIMON'D.
La sœur de Valmout, que je quitte à l'instant.
CRISPIN
A tous vos traits, monsieur, jamais on ne s'attend.
FLORIMOSD.
Je ne m'attendois pas à celui-ci , moi-même : Nouveau César, je viens, je la vois, et je l'aime.
CRISPIN
Et pourroit-on savoir...
Le voici sans détour.
J'oniretenois Valmont de mon nouvel amour