‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 33 sur 240 · ACTE II, SCÈNE V. :.i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. :.i

Tandis qu'à ses transports mon àme s'abandonne, On ouvre... J'aperçois une jeune personne... Divine: son maintien, ses grâces, sa douceur, Tout me ravit d'abord. H l'appelle sa sœur. Moi, j'ignorois qu'il eût une sœur aussi chère : Elle étoit au couvent quand je connus son frère. Elle parla fort peu , mais ce peu me suffit ; Et jç répondrois bien qu'elle a beaucoup d'esprit. Le seul son de sa voix annonce une belle ame : Que te dirai-je enfin de ma naissante flamme? Elle sortit bientôt, et je l'aimois déjà.

CRIS PIN

Quoi! si vite?

FLO niMOND.

Il est vrai qu'un coup d'ceil m'engagea; Mais, vois-tu? cette chaîne est la mieuv assortie: C'est là ce qu'on a]ipelle amour de sympathie. Souvent l'on est d'avance uni sans le savoir, Et l'on n'a, pour s'aimer, besoin que de se voir : Voilà comment ici la chose est cu-rivée.

CRIS PIN

Oui , cette sympathie est assez bien trouvée.

Ce n'est pas tout encor. Ils ont quelques instants Parlé tout bas : j'admire et me tais; mais j'entends Qu'ils projettent d'aller bientôt à la campagne : « Ah! dis-je, permettez que je vous accompagne. " Volontiers, dit Valmont ; mais pendant quinze jours " Pourras-tu te résoudre à quitter tes amours? »

J'insiste, on y consent; je suis de la partie.

CRISPIN

Courage ! Allons, monsieur, vive la sympathie!

FLORl.MOND.

Ali ! Lafleur, quel plaisir je me promets d'avoir!

Pendant quinze grands jours je m'en vais donc la voir.

L'entendre , lui parler , enfin vivre auprès d'elle.

J'espère , je l'avoue , amant discret, fidèle,

Faire agréer mes soins, mon hommage, mes vœux,

Et peut-être obtenir quelques touchants aveux.

Je crois qu'à la campagne on est eucor plus tendre;

Que d'aimer, tôt ou tard, ou ne peut s'y défendre.

Bois, prés, fleurs, d'un ruisseau le.s aimables détours,

Et ce peuple d'oiseaux qui chantent leurs amours,

Tout, le charme puissant de la nature entière,

Pénétre, amollit Famé, et l'ame la plus fière.

Quand on aime une fois, rien ne distrait d'aimer;

On est tout à l'objet qui nous a su charmer;

On ne se quitte plus, comme deux tourterelles...

( Car à chaque pas, là, vous trouvez des modèles):

Promenades, travaux, plaisirs, tout est commun ;

Et tous deux... Mais que dis-je? alors on n'est plus qu'un.

CRIS PIN

Vous voilà tout rempli de votre amour champêtre; Et quelque jour, monsieur , assis au pied d'un hêtre. Je m'attends à vous voir, au milieu d'un troupeau, Soupirer pour l'hilis, bergère du hameau.

F L o r. I M o JJ D.

Tu ris, mais j'élois fait pour y passer ma vie. Heureux cultivateur, que je le porte envie!

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