‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 100 sur 216 · ACTE 1, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV. i

philoctéte.

De ^race, instruisez-moi de leurs nouveaux forfaits.

P YRRHUS.

Comment vous raconter les affronts qu'ils m'ont faits? l^uand la Parque d'Achille eut borné la carrière...

PHÎ LOCTÉTE.

Qu'eutends-je? Achille est mort?

Oui, seigneur: mais mon père Sous les coups d'un mortel du moins n'est pas tombé; y^ous les traits d'Apollon Achille a succombé.

PHILOCTETE.

O mort digne en effet d'un héros invincible ! O perte qui pour moi n'en est pas moins sensible! Pardonnez si mes pleurs vous ont interrompu; Aux mânes d'un ami cet hommage étoit dû.

PYRRHUS

Ce tribut douloureux pour mon cœur a des charmes: Mais pour d'autres que vous vous reste-t-il des larmes?

PHILOCTÉTE.

o mon fils!... poursuivez.

PYRRHUS

Je pleurois ce héros, Quand Ulysse et Phœnix, descendus à Scyros, Alléguant un oracle, et flattant ma jeunesse, Vinrent, au nom des dieux protecteurs de la Grèce, M'assurer qu'à moi seul, à mon sang, à mon nom, Appartenoit l'honneur de détruire llion, Que Pyrrhus héritoit des grands destins d'Achille.

i56 PHILOCTÈTE.

De me persuader sans doute il fut facile : Le désir d'embrasser les restes précieux D'un père que jamais n'avoient connu mes yeux, D'aller offrir mes pleurs à des cendres aimées, Qui sous la tombe encor n'étoient point enfermées; L'ardeur de le venger, le dirai-je , l'orgueil De renverser des murs qui furent son écueil; Tout entraînoit mes pas. Par le ciel protégée, Ma flotte, au second jour, touche au port de Sigée. Au sortir du vaisseau je me vois entouré De tout un camp de joie et d'espoir enivré. Tous jurent à-la-fnis qu'on voit revivre Achille. Hélas! il n'étoit plus!... d'une douleur stérile A ses mânes sacrés je porte les tributs , Et, l'œil humide encor de mes pleurs répandus, Je me présente aux chefs, et ma juste prière Réclame devant eux l'héritage d'un père. Quelle fut leur réponse ! « Oui , ces biens sont à vous ; «Disposez-en, seigneur, et les recueillez tous. « Mais ses armes d'un autre ont été le partage: « Ulysse les possède. » Indigné de l'outrage, Des larmes de dépit coulèrent de mes yeux: K Ces armes sont à moi, j'en atteste les dieux, Dis-je alors; de quel droit une main étrangère M'a-t-elle osé ravir une armure si chère? » «Je l'obtins, dit Ulysse, et ce don m'étoit dû; « C'est le pri.x du service à la Grèce rendu, « Quand je sauvai l'armée, et votre père ménje. » A ces mots, révolté de son audace extrême. J'exhale les transporta d'un courrous éclatant,

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