‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 101 sur 216 · ACTE 1, SCÈNE IV. r · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV. r

Et menace les Grecs de partir à l'instant. Si je n'obtiens raison de ce vol sacrilège. «Jeune homme, me dit-il, tu n'étois point au siéjj'; ; « Tu n'as rien tait pour nous, et menaces encor ' « Ne crois pas à Scyros remporter ce trésor; o Tu ne l'auras jamais. » Les chefs , amis d'Ulysse , Se déclarent pour lui, défendent l'injustice; Et moi, qu'un tel affront a percé jusqu'au cœur, Moi, qu'on dépouille ainsi sans égard , sans pudeur, Je retourne à Scyros, loin de ces rois perfides, ^

'^ Et plus qu'Ulysse encor j'accuse les Atrides. Ce sont eux qui, méchants avec impunité. Protecteurs de la fraude et de l'iniquité, Infectent tous les cœurs de leurs lâches maximes; Et l'abus du pouvoir enfante tous les crimes O ciel! que l'ennemi de ces rois odieu.x Soit l'ami de Pyrrhus et soit l'ami des dieux 1

p H I loctÉte.

Je vois qu'on vous a fait une cruelle injure. Ce n'est pas sans raison que, loin d'un camp parjure j Vous avez vers Scyros pressé l'heureux retour Qui vous a, grâce aux dieux , conduit dans ce séjour. De Sisy])he en effet le rejeton profane Du mensonge toujours fut l'auteur ctTorgane; De l'adroite imposture il aiguise les traits, Sa main est occupée à tramer des forfaits. Mais de quel œil Ajax a-t-il vu cette offense?

PYRRHUS

On ne l'eût pas osé commettre en sa présence: Mais le trépas d'Ajax a mis la Grèce en deuil

i58 PHILOCTÈTE.

PHILOCTÉTE.

Dieux! Ulysse respire! Ajax est au cercueil! Et ce sage mortel à qui l'evpérience Donnoit de l'avenir la triste prévoyance, Nestor, mon vieil ami, l'ame de nos conseils - Qui confondit cent fois Ulysse et ses pareils, Que fait-il?

p Y RK H us.

L'infortune accable sa vieillesse; Il se traîne au tombeau, consumé de tristesse: Il gémit d'être père : il survit à son fils.

piiiloctÈte.

Antiloque...?

Est tombé sous des traits ennemis.

PHILOCTÉTE.

A de nouveaux regrets chaque moment me livre. Quoi ! tous ceux que j'aimois ont donc cessé de vivre .^ Ou subi les rigueurs d'un destin ennemi!... Et, d'Achille du moins ce vertueux ami, Patrocle, dont les Grecs admiroient le courage?

Du redoutable Hector son trépas fut l'ouvrage.

Telle est la guerre enfin : Mars dans ses jeux sanglant,-

Moissonne les vertus et fait grâce aux méchants.

PHILOCTETE.

Grâce au ciel, mon attente est trop bien confirmée. La mort a respecté le rebut de l'armée; Les héros ne sont plus ! Aux lâches, aux pervers, Lc« dieux semblent fern)er le chemin des enfers •.

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