‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 105 sur 216 · ACTE I, SCENE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. i

PHILOCTÉTE.

c'est mon unique bien, c'est le seul qui me reste: Veuille le juste ciel qu'il te soit moins funeste Qu'il ne le fut, hélas ! pour Alcide et pour moi !

PYRRHUS

Le ciel nous concjuira ; nous marchons sous sa loi : Puisse-t-il nous frayer une route prospère!

Il n'exaucera point tes vœux et ta prière. L'indomptable venin, passant juscju'à mon cœur, >"Dans mon sang embrasé bouillonne avec fureur; Il redouble de ra;;e, il s'acharne à sa proie... Ah! ne me quittez pas, amis, que je vous voie!... Ne vous éloignez point... Il faut, il faut qu'enfin. Ulysse, que ce feu ne brûle-t-il ton sein? c'est à vous, fils d'Atrée , à vous, ô rois perfides, A vous seuls qu'étoient dus ces tourments homicides. O mort, dont tant de fois j'implorai le secours. Mort que toujours j'appelle, et qui me fuis toujours, Quand me recevras-tu dans mon dernier asile?

(à Pyrrhus. ) Prends le feu de Vulcain qui briile dans cette île , Mets-moi sur le bûcher, comme jadis mes mains Osèrent y placer le plus grand des humains. Le prix que j'en reçus sera ta récompense... Mais il ne m'entend pas, je n'ai plus d'espérance. Pyrrhus, où donc es-tu, cher Pyrrhus?

PYRRHUS

Je gémis, Je pleure sur vos m.atix.

i66 PHILOCTETE.

philoctéte.

Tu pleures, mon cher fils!

Carde cette pitié; jure, quoi qu'il arrive, De ne point me laisser mourant sur cette rive. Ta bouche l'a promis; ton cœur ne peut changer Mon mal est effrayant, mais il est passager. Je n'espère qu'en toi.

PYRRHUS

Soyez sans défiance.

Qu'un serment solennel m'en donne l'assurance

PYRRHUS

J'en atteste les dieux : recevez-en ma foi.

PHILOCTETE.

Ah! ne me touche pas, n'approche point de moi.

PYRRHUS

Eh quoi ! de mes secours voulez- vous vous défendre?

PHILOCTETE.

Peut-être jusqu'à toi le poison peut s'étendre. Laisse-moi... C'en est fait... O terre de Lemnos! Reçois donc un mourant qui succombe à ses maux. ( // tombe évanoui sur un banc de pierre. ) PYRRHUS, aux soldats grecs.

Aidez-moi, chers amis; portons-le en son asile. Attendons le moment oii d'un sommeil tranquille La douceur salutaire aura calmé ses sens, Et suspendu le cours de ses affreux tourments. {Us soutiennent Piiiloctète, et l'emmènent hors du théâtre.)

flIS DU PREMIER ACTE.

Page 1