ACTE III, SCÈNE IV
Vous lui tendez les bras, et le sien est à vous; De tous vos sentiments près de lui l'interprète, J'en étois le garant, et ma voix lui répète, Au nom de cet état , qu'il rendra triomphant, Qu'Antium aujourd'hui l'adopte pour enfant. Que puisse, Marcius, ta nouvelle patrie, Par ton bras illustrée, et de ton cœur chérie, Réparer tous les maux que t'ont faits les Romains , Et payer les secours qu'elle attend de tes mains!
CORIOLAN
Guerriers, qu'un tel accueil me ranime et m'enflamme!
En venant parmi vous, je portois dans mon âme
Le poids de mes affronts, l'injure et le malheur;
Il tombe le fardeau qui pesoit sur mon cœur.
Ce cœur plein d'un courroux que votre aspect rallume,
Tout prêt à l'assouvir, n'en sent plus l'amertume.
Vous vengerez mes maux, vous armerez ces nains .
Et je suis entouré d'ennemis des Romains.
Vous savez si pour eux j'ai prodigué ma vie;
Et vous n'exigez pas que je m'en justifie:
Marcius, dont les jours sont en votre pouvoir.
Ne s'excusera point d'avoir fait sou devoir.
Je servois le pays qui m'a donné naissance,
Et je vous appartiens par la reconnoissance.
Aujourd'hui de son sein Rome m'a rejeté;
Je ne lui dois plus rien : vous m'avez adopté ;
Je vous dois tout. Autant j'ai signalé de zèle
Quand l'honneur m'ordonnoit de combattre pour elle.
Autant voixs me verrez de courage et d'ardeur
Pour payer des bienfaits dont je sens la grandeur
222 CORIOLAN
Je jure par vos dieux, je jure par ma haine,
D'être à jamais fidèle au nœud qui nous enchaîne,
De combattre avec vous ce peuple impérieux,
Toujours de ses voisins tyran injurieux,
De ses citoyens même oppresseur arbitraire.
A nos efforts unis qui pourroit le soustraire^
La discorde en son sein, fennemi sous ses murs ,
Des généraux sans gloire , et dont les noms obscurs
D'un consulat romain souillent la renommée,
Oisifs, et dans un camp renfermant leur armée.
Marchons, braves amis, et nous sommes vainqueur».
Je ne demande point un rang ni des honneurs:
Combattre est mon seul vœu, me venger est ma gloire, ;;
Et tout soldat est grand dans un jour de victoire.
TULLUS
Quoi ! Marcius voudroit... ?
* CORIOLAN
Les armes d'un soldat, Un glaive en cette main, le signal du combat; C'est tout ce que je veux.
TULLUS
On te doit davantage.
J'ennoblis le pouvoir qu'avec toi je partage, dois-tu n'être pour nous rien qu'un guerrier de plus? Désormais dans ce camp sois l'égal de TuUus. Aujourd'hui que ta cause à la nôtre est unie, Autant que ta valeur tu nous dois ton génie. Et ne crains point de moi des sentiments jaloux : L'intérêt le plus grand, le plus sacré pour nous, C'est cel'ii d'abaisser Rome qui nous déteste.