TULLUS, AUFIDE
TUL LUS
Non, ce n'est point, ami , sa gloire qui m'outrage.
Qu'il nous ait bien servis, que son ardent courage
Ait signalé pour nous les plus hardis efforts;
Que, le premier, marchant sur des monceaux de morts,
Et des mains d'un tribun arrachant l'aigle altière,
Il ait du camp romain l'enversé la barrière;
Moi-même j'applaudis à de si nobles coups:
Jaime trop la valeur pour en être jaloux.
Mais moi , qui de l'honneur lui viens d'ouvrir la route,
Ai-je donc mérité les affronts qu'il me coûte?
Quoi ! sa fougue imprudente, au sortir d'un combat
Où la victoire même épuise le soldat,
S'enivrant d'un espoir <|ui n'a pu me séduire,
A l'attaque de Rome a voulu nous conduire ;
Et lors(}ue je m'oppose à ce bouillant orgueil.
Qui du plus beau triomphe alloit être l'écueil,
J'entends crier par-tout: « Suivons tous ce grand homme;
« Suivons Coriolan : seul il peut prendre Rome. »
'.26 CORIOLAN
Et mes propres soldats, et mes concitoyens, Désertent mes drapeaux pour courir sous les siens ' Lui-même encourageant la désobéissance.
Enseigne à mon armée à braver ma puissance. Ecoute, en frémissant, mes ordres absolus. Et ne cède qu'à peine au pouvoir de Tullus ! Ai-je pu dévorer un si cruel outrage?