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ACTE V, SCÈNE III

Les Romains ne l'ont pas rendu dénaturé.

VÉTORIE.

Qu'as-tu donc fait, cruel? que veux-tu faire encore?

Qui m'amène à tes yeux dans ce camp que j'abhorre?

En quels lieux te revois-je? où suis-je? quelle main

Prétend anéantir jusques au nom romain?

C'est celle de mon fils, du fils de Véturie.

A l'aspect de ces murs, quoi ! malgré ta furie,

Tu n'as pas dit toi-même à ton cœur attendri :

C'est là que je suis né, là que je fus nourri!

De mes fils, de ma femme, on y garde la cendre! •

C'est là que vit pour moi la mère la plus tendre!

Tu la forces, barbare, en sa calamité,

A maudire l'hymen et sa fécondité,

A pleurer ta naissance , hélas , jadis si chère !

Pour le malheur de Rome ai-je donc été mère?

J'ai produit le plus grand de tous ses ennemis!

Rome ne craindroit rien , si je n'avois un fils !

Ah! cette horrible idée accable mon courage.

CORIOLAN

Vous plaignez les Romains! n'accusez que leur rage. Vous me montrez ces murs ! là sont mes oppresseurs: Là sont mes ennemis, ici mes défenseurs. Ce camp qui vous irrite est mon unique asile: Dois-je lui préférer Rome, d'où l'on m'exile? Qui doit m'être plus cher du Volsque ou du Romain? L'un pour qui j'ai tout fait est injuste, inhumain, Par un bannissement a payé mon service; L'autre à son ennemi tend une main propice. Dois-je donc l'oublier, et faut-il désormais

24o CORIOLAN.

Récompenser l'outrage, et punir les bienfaits?

VETU RIE

Et n'ont-ils pas joui de ta reconnoissance?

K'as-tu donc pas assez relevé leur puissance?

Ils te doivent l'honneur de nous avoir vaincus;

Nous demandons la paix, et que faut-il de plus?

Régie au moins cette paix sans que Rome en rougisse.

Je suis loin d'exiger que ton cœur les trahisse.

Mais quoi 1 leur as-tu fait le serment odieux

De détruire ces murs, ta patrie et tes dieux?

De leur sacrifier, de ta main meurtrière,

Tout le sang des Romains et le sang de ta mère?

Si c'est là le seul prix qu'attendoit leur fureur.

Si le Volsque y prétend , il doit te faire horreua.

Ah! si Coriolan daignoit ici m'en croire,

Que d'un autre destin il peut goûter la gloire!

Quel immortel honneur s'en va le couronner,

De triompher de Rome, et de lui pardonner!

Pardonner aux Romains! l'effort est impossible:

Je tiens de vous un cœur trop fier et trop sensible.

Le connoissez-vous bien ? avez-vous oublié

Par quelle épreuve amère il fut humilié?

Non, vos yeux n'ont point vu mes affronts, mes supplices;

Vous n'étiez pas témoin de ces affreux comices,

Où d'arrogants tribuns , arbitres de mon sort,

Me présentoient les fers, et la honte , et la mort ;

Où j'entendois, au gré des plus vils adversaires,

Rugir autour de moi les fureurs populaires.

Assailli de leurs cris, de leur rage entouré,

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