ACTE V, SCENE III. 2^t
Au milieu de l'opprobre où je parus livré , Je rassemblois en moi ma force et ma constance, Et dans ce cœur souffrant j'amassois la vengeance. Je jurois à ce cœur que, cet instant passé , Rome en vain pleureroit de m'avoir offensé. Non, je n'aurai point fait une menace vaine.
VÊTU RIE
Eh! doit-on accomplir les serments de la haine? >'~'Quel est ce faux honneur dont tu vas t'occuper? Ah ! je t'en offrois un qui ne peut te tromper. Que rien ne peut ternir, dont rien ne me sépare...
CORIOLAN
Et quel honneur vaudroit celui qu'on me prépare? De deux états rivaux je vais chanjjer le sort. Toujours vaincu , toujours déçu dans son effort, Le Volsque s'est long-temps débattu dans ses chaînes; Sans cesse il retomboit sous les aigles romaines. Je commande le Volsque : il triomphe ; mon bras Ote à Rome, en un jour, le fruit de cent combats. Au parti que je sers je fais passer l'empire; Et si j'en crois l'espoir que la fortune inspire, Antium , des Romains éteignant la splendeur. Ne devra qu'à moi seul sa nouvelle grandeur. Il devient ma patrie , et je n'en veux plus d'autre. Loin de me l'envier, ah ! faites-en la vôtre. Détachez-vous enfin de mes persécuteurs; Songez auprès de moi quels destins plus flatteurs Pourroient...
YÉTURIE.
Moi î Sauver Rome, ou périr avec elle,
2i2 COilIOLAK.
Voilà mou seul destin, et j'y serai fidèle. Serai-je donc témoin de tes noires fureurs? Verrai-je consommer ce spectacle d'horreurs, Toi-même dans nos murs apportant le ravage, Et donnant contre nous le signal du carnage? Non , ce fer si coupable et teint du sang romain , Ce fer, si je ne puis l'arracher de ta main, Il faut du moins, il faut m'en percer la première, Pour sortir de ce camp fouler aux pieds ta mère.
CORIOLAN
O ciel!... Et c'est ainsi que vous aimez un fils! Voilà ces nœuds si chers qui nous avoient unis, Ces tendres sentiments qui depuis mon enfance, Ainsi que mon bonheur, faisoient ma récompense! Marcius à vos yeux n'est plus rien aujourd'hui. Vous aimez mieux mourir que de vivre pour lui. C'est à mes ennemis que ce cœur s'intéresse; Les cruels m'ont ravi jusqu'à votre tendresse.
Moi cesser de t'aimer!... Marcius, le crois-tu?
Ah ! si je n'écoutois qu'une austère vertu.
Si Véturie, hélas! n'étoit rien que Romaine,
Un ennemi de Rome eût mérité ma haine.
Cet affreux sentiment n'est pas en mou pouvoir;
Et quand je viens ici te montrer ton devoir,
C'est toi, toi-même, hélas! qu'une mère attendrie
Voudroit sauver du crime en sauvaut la patrie.
Ah, mon fils!.... car ce nom dont tu trahis les droits,
Ce nom, tu t'en souviens, te fut cher autrefois;