ACTE V, SCENE III
Comme il faisoit ma gloire, il faisoit tes délices; Et par toi seul livrée aux plus affreux supplices, Mourante sous tes coups, ce nom cher et sacré, Tu l'entendrois sortir de ce cœur déchiré... Par ce nom, par les soins que j'eus de ta jeunesse. Par ces plaisirs si purs que goûta ma tendresse. Alors que sous mes yeux, pour les plus grands destins, Tu croissois l'espérance et l'amour des Romains; Par ce deuil, de nos maux sinistre témoignage, Qui déjà de ma mort te présente l'image, De ma mort, seul asile ouvert au désespoir, Si ton cœur obstiné ne se peut émouvoir.... Ne me refuse pas...
COR lO LAN.
Ce peuple qui m'opprime, Même dans mes bontés verroit un nouveau crirne. Il n'oublieroit jamais que je l'ai fait trembler, Et tôt ou tard encore il sauroit m'accabler.
Non, qui reçoit sa grâce au remords s'abandonne.
CORIOLA N.
Non, l'orgueil est ingrat, il hait qui lui pardonne; Et je dois à moi-même, au Volsque, mon soutien..
VÉTURIE.
Suis-je la seule, hélas î à qui tu ne dois rien? Toi qui me rappelois notre union si chère. Qui ressens le besoin d'être aimé d'une mère, Pourrois-tu loin de toi repousser ma douleur? J'ai si souvent au ciel demandé ton bonheur!
244 CORIOLAiS.
Je demande le mien à mon fils que j'implore.
CORIOLAN
Quoi ! Rome dans ses murs me reverroit encore? J'irai pour y ramper sous un joug odieux?
VÊTU RIE
Non; pour m'y voir jouir de tout ce que les dieux Peuvent verser de biens sur les jours d'une mère; Pour les voir du bonheur me rouvrir la carrière. Rome attend mon retour, ta réponse, et son sort. Songe quel jour pour moi , quel moment , quel transport. Quand je vais d'un seul mot leur rendre à tous la vie, Leur conter par mes soins Rome au glaive ravie. Le fer qu'elle craignoit tombé de cette main, Et mon fils , à ma voix , redevenu Romain I
CORIOLAN
Ah! que prétendez- vous?
VÉTURIE.
Je crois voir leurs hommages Parmi les immortels consacrer mes images; Rome reconnoissante honorer mon tombeau. . Et je puis te devoir un triomphe si beau! Et tu pourrois, cruel, m'en refuser la gloire! Non: la nature enfin obtiendra la victoire. Ta mère et ta patrie , et tous ces noms si doux . Et Véturie en pleurs embrassant tes genoux... Oui, je m'y jette, ingrat...
CORIOLAN
Quel transport vous égare?
Vous à mes pieds, ô ciel !