ACTE III, SCÈiNE II. 2S
Pour la première fois habite eu nos remparts. Rome enfin a cessé de voir le champ de Mars. De la sédition tumultueu.x. théâtre, Étaler des partis la lutte opiniâtre. Il falloit terminer ces débats odieux.
ICI LIUS.
Des oppresseurs adroits ian<Tage insidieux,
Qui ne séduit ijue trop la foiblesse indolente!
La liberté, sans doute, est souvent turbulente :
C'est en la disputant qu'on peut la maintenir.
Un sujet a tout fait quand il sait obéir j
Il suffit d'être vil pour savoir être esclave.
Le citoyen doit être et vigilant et brave.
Tout s'achète en un mot; et le plus précieux,
Le plus citer des présents que nous ont faits les dieux,
La liberté, toujours aux peuples enviée,
Pourroit de quelques soins l'aroître trop payée!
Il faudra des tyrans en croire les discours !
Qui ne les connoît pas? Ils appellent toujours
Du nom d'ordre et de paix l'autorité sans boiue,
Le dévouement muet, la servitude morne;
Et décorent ainsi des titres les plus beaux
Le silence des morts et la paix des tombeaux.
Cette paix cependant peut les tromper eux-mêmes:
Tranquilles, et du haut de leurs grandeurs suprêmes.
Croyant éterniser un stupidc sommeil ,
Ils ne pressentent pas le moment du réveil
Ce réveil, c'est la foudre.
Kt 1 on croit sur nos têie^
Faire éclater bientôt ces soudaines tempêtes?...
J'entends; Icilius daigne enfin m'avertir
Des dangers dont ici l'on veut nous investir :
Il vient sur Appius essayer la menace.
J'ignore quel espoir peut fonder tant d'audace;
Je lui dirai pourtant, pour prix de ses conseils,
Que nous ne redoutons ni lui ni ses pareils;
Qu'à respecter nos droits s'il ne peut se contraindre.
Il en est un du moins que peut-être il doit craindre.
La force; et contre lui justement exercé....
ICILIUS
La force n'est un droit qu'aux yeux de l'insensé,
Qui ne se souvient pas qu'en suivant sa maxime
On peut du même droit le rendre la victime.
La force!... Et qui t'a dit que tu l'aurois toujours?
Que dis-je? est-elle à toi? Compte tous les secours
Qui fondent un moment cette force empruntée.
C'est pour un autre emploi qu'elle te fut prêtée.
Ce sont les bras d'aulrui qui te font tout-puissant ;
Tu diriges d'un mot leur glaive obéissant;
A leur devoir encore ils pensent satisfaire:
Mais qu'ils ouvrent les yeux, qu'un moment les éclaire,
Et l'oppresseur si fier va voir au même instant
Sa solitude affreuse ou plutôt son néant.
Ce maître impérieux n'est plus qu'un vil coupable;
Il invoquoit la force , et la force l'accable;
D'autant plus malheureux quand son régne est passé.
Que sur son propre sort lui-même a prononcé,
Que rien en sa faveur ne peut se faire entendre,
Et qu'à la pitié même il ne peut plus prétendre