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ACTE IV, SCÈNE VI. 3ii

Et s'il ne peut lui-même assurer ma défense, J'embrasserai du moins, dans mes derniers adieux, Ma mère et mon époux , et mon père et mes dieux.

Tu me perces le cœur. Ah ! fille infortunée, Par quel transport aveugle es-tu donc entraînée? Verrai-je fondre ici tes ravisseurs cruels, Et disputer ma fille à ces bras paternels, Les verrai-je outrager ces autels et ta mère? Ah ! si, me réservant cette épreuve dernière. Le sort m'offroit ici cette scène d'horreur, Ton père expireroit de honte et de fureur. Ai-je revu ces murs pour fuir devant le crime . Pour venir m'y cacher à la main qui m'opprime, Pour n'oser soutenir les regards d'Appius? Ce superbe tyran verra Virginius.

S'il poursuit contre nous son atroce injustice, .^ux yeux de Rome entière il faut qu'il l'accomplisse; Et je saurai du moins, avant que de mourir. Ce que Borne aujourd'hui peut permettre et souffrir.

ICILIUS

Et qu'en attendez-vous? Qu'espérez-vous dans Rome? Son génie abattu tremble devant un homme. La guerre, en ce moment, ne laisse en ses remparts Qu'un peuple désarmé de femmes, de vieillards; Les glaives d'Appius la remplissent de crainte; Ses plus braves enfants sont hors de son enceinte; Us sont au camp... Eh bien ! c'est là qu'il faut courir; C'est leur bras protecteur qui peut seul nous couvrir.

:ii9 VIRGINIF.

Remettons sous leur garde et la mère et la fille :

Que de Virginius la plaintive famille

Se rassure au milieu de ces dignes guerriers,

Sous l'abri de leur glaive et sous leurs boucliers.

D'un si noble dépôt leur vertu sera fière ;

Et qui d'eux, à l'aspect d'un si malheureux père,

De l'innocence en pleurs qui vient les implorer,

Et de vos cheveux blancs qu'on veut déshonorer,

iVe ressentira pas ce courroux magnanime,

Cette indignation qui fait pâlir le crime?

.l'entends déjà leurs cris poussés de toutes parts;

Leurs cris retentiront jusque dans nos remparts.

Et que sais-je , grands dieux ! peut-être leur courage

De notre liberté va commencer l'ouvrage.

Ainsi Rome autrefois, dans des périls moins grands,

Du haut du mont sacré fit trembler ses tyrans.

C'est à vous qu'on devra ce retour si prospère.

Que tardez-vous? allons... Vous balancez, mon père!

Doutez-vous un moment du cœur de nos soldats?

Près d'eux depuis trente ans nourri dans lr?s combats. Je leur rends trop justice, et pourrois sans alarmes Confier ma famille à mes compagnons d'armes. Je sais qu'un vieux soldat, jalouK de son honneur, Leur pourroit >ans rougir montrer tcut son malheur. Mais crois-tu qu'Appius, que chaque instant irrite. Nous laisse encore ici le pouvoir de la fuite ; Peux-tu douter, mon fils, que déjà se» soldats , IMspejrsés dans ces murs, n'observent tous nos pas :*

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