SCÈNE II
WARWICK, SUMMER
WARWICK
(^ue vois-je?Se peut-il? Eh! quel bonheur extrême!... Qui t'amène en ces lieux?
SUMMER
L'ordre du roi lui-même, .le l'aborde en tremblant; Elisabeth en pleurs Faisoit parler pour vous la voix de ses douleurs. « Votre ami, m'a-t-il dit, pevxt mériter sa grâce, « Mais il faut qu'il apprenne à fléchir son audace. « Allez l'y préparer. »... Je n'ai point su, seigneur, A quel point il prétend abaisser votre cœur. Je le connois ce cœur, et je sais qu'on l'outrage : Je ressens tous vos maux; comptez sur mon courage. Élevé près de vous, nourri dans les combats, Où j'appris si souvent à vaincre sur vos pas, A quelque extrémité que le destin vous livre. Mon sort est d'être à vous, ma gloire est de vous suivre. Commandez, je vous sers.
WAR WICK
Ami , tu vois mon sort.
5o LE COMTE DE WARWICK.
J'ai trop suivi peut-être un indiscret transport, Aux yeuv d'un prince ingrat forfait inexcusable; Mais tu sais qui de nous est en effet coupable. Yorck m'a tout ravi jusqu'à ma liberté. L'affront que je reçois fait gémir ma fierté. Déjà le désespoir dont mon ame est saisie Eût épuisé ma force, eût consumé ma vie, Si la vengeance avide, et si chère à mon cœur, jN'eût ranimé mes sens flétris par la douleur. Ah ! comble cet espoir qui console mon ame, Cher ami; remplis-toi de l'ardeur qui m'enflamme: Cours embraser les cœurs de ce peuple incertain; Va, retrace à leurs yeux l'horreur de mon destin. Dis que des fers honteux enchaînent ma vaillance, Que je n'attends plus rien que de leur assistance; Et s'il faut encor plus pour m'assurer leur foi , Dis que le fier Warvvick a pleuré devant toi. Eh ! comment ces Anglois , pour moi si pleins de zélé, Peuvent-ils balancer à venger ma querelle? Des droits que j'ai sur eux est-ce là tout l'effet? Et Marguerite enfin...
su M MER.
Elle agit et se tait.
J'attends tout de ses soins : elle amasse en silence Les traits que par ses mains doit lancer la vengeance. Ses secrets partisans, vos amis et les siens, Échauffent par degrés le cœur des citoyens; Et tous par elle-même instruits dans l'art des brigues . Dans ces murs alarmés ont semé leurs intrigues. Ils disent qu'Edouard vient d'ôter aux Anglois