‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 55 sur 216 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

D'ailleurs, plein de mépris pour tous ses concurrents, Il ose se répandre en discours imprudents Sur le marquis d'Orcé, qui l'aura su, sans doute; Pour un mot indiscret bien souvent il en coûte ; Dans l'état qu'il embrasse on ne pardonne rien. Enfin c'est à vos yeux un trésor, un soutien ; Mais quand ce fils, objet de votre amour extrême, Vous aimeroit autant que vous l'aimez vous-même, Quand vous n'auriez conçu que l'espoir le plus sur, Je le redis^encore , il doit m'être bien dur De voir ma Mélanie, ain^si sacrifiée.

Languir dans l'abandon par son père oubliée, Et, menée en pleurant jusqu'au pied de l'autel, S'imposer par son ordre un supplice éternel.

M. DE FAUBLAS

On affoiblit toujours tout ce qu'on exagère. Je crois sa douleur vive, et la crois passagère. Toujours dans ces moments on verse quelques pleurs; On croit dans l'avenir ne voir que des malheurs : Mais la réflexion, fruit de la solitude. Et la nécessité , qui devient habitude, L'entier éloignement des objets séducteurs, Et l'exemple, et le temps , si puissants sur nos cœurs. Du cloître, qui n'offroit qu'horreur et qu'amertume, Font un séjour tranquille où Famé s'accoutume. Qui n'a joui de rien n'a rien à regretter. Si, connoissant le monde, il falloit le quitter, Peut-être autant que vous je plaindrois Mélanie : Maie dans cette maison elle a passé sa vie; Sou sort est-il plus dujr que celui de ces sœurs

78 MÉLANïE.

Qui toujours du couvent nous vautoient les douceurs^ Du malheur en ces lieux avons-nous vu l'image? Nous i)arla-t-on jamais de joug et d'esclavage? Tout ce qui devant moi s'est ici présenté Me peignoit le bonheur et la sérénité.

M^e DE FAUBLAS.

N'en croyez pas, monsieur, l'apparence infidèle. La retraite, il est vrai , peut nous paroître belle; Mais c'est pour un moment , c'est lorsqu'on n'y vit pas. Sous ces lambris sacrés quand nous portons nos pas, Tout semble calme et doux, jusqu'à l'air qu'on respire; Des paisibles vertus nous ressentons l'empire, L'oubli des passions, d^'S maux et des erreurs; Et l'attendrissement passe au fond de nos cœurs: Mais percez fdus avant, pénétrez ces cellules, Ces réduits ignoiés, oii des esprits crédules. Désabusé' tr. p tard , et voués au malheur, Maudissent de leurs jours la pénible lenteur; C'est là que l'on gémit, que des larmes amères Baignant p( ndant la nuit les couches solitaires; Que l'on demande au ciel, trop lent à s'attendrir, Ou la fOiCe de vivre ou celle de mourir. Peut-être que leurs maux par le temps s'adoucissent. Que dans des yeux éteints les pleurs enfin tarissent. Un morne accablement, qui ressemble au trépas, Succède au désespoir, à sts bruyants éclats. Mais ce calme perfide est voisin de l'orage ; On en sort bien souvent par des accès de rage: C'est le poison trompeur qui promet le sommeil, Et les convulsions sont l'effet du réveil.

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