‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 61 sur 216 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

« Et l'on n'y meui*t jamais qu'en détestant la vie.

« Que mon exemple au moins détrompe Mélanie. »

Elle m'apprit son sort: un malheureux amour,

Qu'il fallut dans ce cloître étouffer sans retour,

Avoit rempli son ame et consumé sa vie.

Du récit de ses maux je demeurai saisie.

C'étoient les derniers cris et les gémissements

D'un cœur que ses chagrins ont oppressé long-temps;

C'étoit d'un long malheur l'histoire attendrissante ,

Que l'accent de la mort rendoit plus déchirante.

Je n'y pus résister : pleine de ses douleurs,

Je tombai sur son lit en l'arrosant de pleurs.

Je partageai des maux que mon cœur devoit craindre.

Pour la première fois elle s'entendit plaindre,

Et ma pitié parut adoucir son trépas.

L'infortunée alors me serra dans ses bras;

Je sentis que ses pleurs inondoient mon visage.

De mes sens trop émus je perdis tout usage,

Et quand je les l'epris elle ne vivoit plus.

Ses bras , déjà glacés , sur ma tête étendus ,

Ses yeux, de la douleur gardant le caractère ,

Et vers le ciel encore élevant leur paupière,

Sembloient lui demander d'épargner à mon cœur

Tous les maux dont sa mort m'avoit tracé l'horreur.

LE CURÉ

O parents inhumains, voilà donc votre ouvrage!

MÉLANIE

J'eus toujours devant moi cette effroyable image; Elle me poursuivit : mes esprit* agités N'entrevoyoient par-tout que d'affreuses clartés.

88 MÊLA NIE

Le soupçon m'iiispiroit une sombre tristesse ;

L'effroi, l'abattement, flétrirent ma jeunesse.

Le cJoitre m'effrayoit : je rencontrois par-tout

L'odieuse contrainte et l'importun dégoût.

Je déte-<rois dès-lors cet habit de novice :

J'abjurai dans mon cœur mon fatal .«iacrifice.

Je n'osois cependant avouer mes chagrins :

De mon père sur moi je savois les desseins;

Je ne me flattois pas de pouvoir l'en distraire.

Je songeois, pour charmer mon ennui solitaire , , /

Qu'au moins les passions ne troubloient point mon cceur;

Que de l'amour encor le poison séducteur.

Dont j'avois une fois vu les effets terribles,

IVe livroit point mon ame à des mau.K plus sensibles :

Mais ce repos, hélas! ne dura pas long-temps...

Malheureuse!..

tE CURÉ.

Achevez ces aveux importants.

Parlez, ne craignez rien.

O mon guide! ô mon père!

Qu'aisément avec vous je puis être sincère ! Que mon ame à la vôtre aime à se confier ! Ah ! c'est de mes plaisirs peut-être le dernier. Ma consolation dans ces lieux la plus chère, C'étoit de voir souvent ma respectable mère. Un parent (c'est Monval) voulut un jour me voir : Il arrive avec elle en ce même parloir. On m'avertit, j'accours... Ma surprise à sa vue, Sur son front, dans ses traits, la grâce répandue,

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