‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 71 sur 216 · ACTE II, SCÈNE IV ja · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV ja

Loin de le cultiver, pourquoi l'ensevelir? Votre fille en naissant enlevée à son père, Si vous la connoissiez, vous deviendroit plus chère. Elle va devant vous paroître tout en pleurs; V^ous ne soutiendrez point l'aspect de ses douleurs. Elle a pour le couvent une invincible haine: Et n'imaginez pas que le temps la ramène; Cette horreur est trop forte, et c'est un sentiment Dans le fond de son creur gravé profondément. Concevez à quels maux se verroit condamnée Votre fille en ces lieux sans retour enchaînée. Quand vous verrez ses jours au désespoir livrés. Vous en serez la cause, et vous en gémirez. Il ne sera plus temps.

M. DE FAURI. AS.

Je ne saurois comprendre Les soins inopinés qu'ici vous daignez prendre. Je vous avois prié de raffermir un cœur Dont j'ai vu tout-à-coup s'affoiblir la ferveur, Et non de m'occuperdo ses douleurs timides. Il faut entre nous deux des discours plus solides. Il faudroit des raisons...

LE CURÉ

Des raisons ! Vous pensez Que je puis contre vous n'en pas avoir assez ! Vous, ministre des lois , dont l'autorité sainte Annulle tous les vœux formés par la contrainte ,. Organe des arrêts de leur temple émanés, Osez-vous faire ici ce que vous condamnez? A votre tribunal que tout autre en appelle;

io6 MÉLANIE.

Il trouvera dans vous un magistrat fidèle :

Contre l'oppression vous serez son appui ;

Vous agirez en juge, et jusques aujourd'hui

Vous avez soutenu ce caractère auguste.

Pour votre fille seule allez-vous être injuste?

De tous vos jugements comptable à l'équité.

Croyez-vous de ce droit votre sang excepté?

Si les lois ont aux vœux mis un frein salutaire,

Croyez-vous donc le ciel moins juste que la terre ?

l'ensez-vous qu'il reçoive un hommage forcé,

Qu'il bénisse un tribut dont il est offensé?

Eh ! le vœu le plus libre et le plus volontaire

Au Dieu qui prévoit tout peut sembler téméraire:

Peut-être quil faudroit que l'homme , le chrétien.

Demandât tout au ciel, et ne lui promît rien.

Dans nos livres sacrés la céleste vengeance

Confond deux fois des vœux la coupable imprudence.

Dans Jephté, dans Saiil, Dieu prend soin de punir

Le souhait orgueilleux d'enchaîner lavenir.

Leur vœu devient un crime, et leur succès un piège;

L'un se rend parricide, et l'autre sacrilège :

Tant le ciel veut apprendre aux aveugles humains

A ne point prononcer sur leurs propres destins !

Ces héros des déserts , ces premiers cénobites ,

Vivoient unis entre eux sous des règles prescrites.

Le travail, la prière, occupoient leurs instants.

Ils étoient des forêts les libres habitants.

Libres, ils préféroient leur retraite profonde ,

Leur cabane rustique aux voluptés du monde;

Et rien ne cimentoit cette société,

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