‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 82 sur 216 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M EL A NIE

Pour la dernière fois il consent à m'entendra... Que sert cet entretien? Que puis-je encore attendre? Il a pris son parti... Je dois prendre le mien. Un père! quoi! son sang!... quoi ! je n'obtiendrai rien! Ainsi l'on foule aux pieds la foiblesse éploiée! Ah! d'indignation mon ame est pënétiée.

Mon ame se soulève... O Monval! c'est en toi Que j'ai cru voir un cœur qui sentît comme moi. Le mien t'appelle en vain... Quelle est mon espérance?. Avec quelle chaleur il a pris ma défense! Quel feu dans ses discours ! et que mon cœur saisi S'applauJissoit tout bas d'avoir si bien choisi! Hélas 1 ce transport même à tous deux est contraire. Monval est à jamais l'ennemi de mon père : On ne pardonne point à qui nous fait rougir... Et d'a[)rès ses conseils quand j'oserois agir. Quel en seroit l'effet? Non , jamais Mélanie Au sort de son amai.t no peut se voir unie. Que dis-je? on veut armer mon frère contre lui. Mon père réclamoit un vengeur, un appui...

126 MÉLANIE

Quelle horreur se répand sur ma famille entière!

Mon frère est exposé ; je désole ma mère ;

Je perds ce que j'adore !... Il faut se décider.

Mon père me méprise, et croit m'intimider ;

Il ne voit rien en moi qu'une esclave tremblante :^

Il verra si j'ai l'ame intrépide et constante.,.

Je le vois; la retraite et la réflexion ,

D'un sentiment contraint la longue impression ,

Donne aux sens recueillis un courage tranquille.

Allons... Pour Mélanie il n'est qu'un seul asile.,.

Il est temps d'y courir... On nous dit qu'autrefois

La vierge de Vesta que condamnoient les lois,

Calmant par son trépas la publique épouvante,

Vers la tombe entraînée y descendoit vivante.

De cette horible mort qui fait frémir les sens

Peu d'heures, après tout, achevoient les tourments :

Mais alors qu'une fois on a courbé sa tête

Sous le voile effrayant que pour moi l'on apprête,

Lorsque l'on a promis d'oublier les vivants,

La tombe se referme... et l'on y meurt long-temps.

Quel sort! Et toi , Monval, hélas! sans Mélanie ,

Si je connois ton cœur, souffriras-tu la vie?

Je l'abhorre sans toi... L'on vient... Il faut parler.

Son aspect, malgré moi, me fait toujours trembler.

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