SCENE PREMIERE APOLLON, MERCURE
MERCURE
Honneur au seigneur Apollon.
APOLLON
Ah ! dieu vous gard', seigneur Mercure. Par quelle agréable aventure Vous voit-on au sacré vallon ?
MERCURE
\''ous savez, grand dieu du Parnasse, Que je ne me tiens guère en place.
J'ai tant de différents emplois, Du couchant jusqu'aux lieux où l'Aurore étincelle, Que ce n'est pas chose nouvelle De me rencontrer quelquefois.
APOLLON
Vous êtes le bras droit du grand dieu du tonnerre : \'otre peine est utile aux hommes comme aux dieux
Et c'est par vos soins que la terre Entretient quelquefois commerce avec les cieux.
MERCURE
Ce travail me lasse et m'ennuie, Lorsque je vois tant de dieux fainéants
Qui ne songent là-haut qu'à respirer l'encens. Et qu'à se gonfler d'ambroisie.
APOLLON
Vous vous plaignez à tort d'un trop pénible emploi. S'il vous fallait donc, comme moi, Éclairer la machine ronde, Rendre la nature féconde.
Mener quatre chevaux quinteux, Risquer de tomber avec eux.
Et de faire un bûcher du monde ; Dans ce métier pénible et dangereux.
Vous auriez sujet de vous plaindre.
Depuis que l'univers est sorti du chaos, Ai-je encor trouvé, moi, quelque jour de repos ? Quoi qu'il en soit, parlons sans feindre ; A vous servir je serai diligent.
Le seigneur Jupiter, dont vous êtes l'agent. Honnête ou non, c'est dont fort peu je m'embarrasse. Pour goûter des plaisirs nouveaux, A quelque nymphe du Parnasse Voudrait -il en dire deux mots ?
MERCURE
Vos Muses, ailleurs destinées, Sont pour lui par trop surannées :
Depuis trois ou quatre mille ans.
Tous vos faiseurs de vers, mal avec la fortune.
En ont tous épousé quelqu'une.
11 faut à Jupiter des morceaux plus friands : La qualité n'est pas ce qui plus l'inquiète ; Une bergère, une grisette.
Lui fait souvent courir les champs.
APOLLON
Que dit à cela son épouse ?