PROLOGUE
MERCURE
Elle suit les transports de son humeur jalouse ; Mais le bon Jupiter ne s'en étonne pas ;
Et là-haut, c'est comme ici-bas.
Quand un époux a fait quelque intrigue nouvelle, La femme a beau crier, le mari va son train. Quand la dame, en revanche, a formé le dessein De se dédommager d'un époux infidèle.
Et qu'un galant se rend patron
De la femme et de la maison.
L'époux a beau gronder, faire le ridicule,
Il faut qu'il en passe par là,
Et qu'il avale la pilule,
Ainsi que Vulcain l'avala.
APOLLON
Quelle est donc la raison nouvelle Qui près d'Apollon vous appelle ?
MERCURE
Je vais vous le dire ; écoutez :
Vous savez qu'au ciel et sur terre
On me donne cent qualités.
Je suis l'agent du dieu qui lance le tonnerre ;
Je conduis les morts aux enfers ;
Mon pouvoir s'étend sur les mers.
Je suis le dieu de l'éloquence.
Ma planète préside aux fous.
Aux marchands ainsi qu'aux filous :
Fort petite est la différence.
Je donne aux chimistes la loi.
Des pâles médecins la cohorte assassine
M'appelle, suivant mon emploi,
Le furet de la médecine :
Heureux qui se passe de moi !
3o6 LES MÉNECHMES
APOLLON
Entre tant de métiers mis dans votre apanage, Qui pourraient fatiguer quatre dieux comme vous, C'est celui de porter, je crois, les biUets doux Qui vous occupe davantage.
MERCURE
Mon crédit est tombé, je suis de bonne foi. Chacun, depuis un temps, de ce métier se pique ; Et tant d'honnêtes gens exercent mon emploi.
Que je leur laisse ma pratique ; Ils y sont presque tous aussi savants que moi.
APOLLON
Vous avez trop de modestie.
Mais venons donc au fait dont il est question,
MERCURE
Les spectacles, la comédie.
Me donnent, à Paris, quelque occupation ;
Je les ai pris sous ma protection.
Pour célébrer une fête publique,
J'aurais aujourd'hui grand besoin D'avoir quelque pièce comique Qui fût marquée à votre coin.
APOLLON
Hé quoi ! sans vous donner la peine
De venir ici de si loin, N'est-il point là d'auteurs amoureux de la scène, Qui du théâtre encor puissent prendre le soin ?
MERCURE
Depuis qu'un peu trop tôt la Parque meurtrière Enleva le fameux Molière,