ACTE IV — SCÈNE III
FINETTE
Mort non pas de mes jours ! ne vous y jouez pas. Voilà votre portrait, et rendez-nous le nôtre.
Mon portrait ! Qu'est-ce à dire ?
FINETTE
Oui, sans doute, le vôtre, Que ma maîtresse prit en vous donnant le sien.
ilÉNECHME.
J'ai donné mon portrait à ta maîtresse ?
FINETTE
Eh bien !
Allez-vous dire encor que ce sont là des fables, Et que rien n'est plus faux ?
Oui, de par tous les diables.
Je le dis, le soutiens, et je le soutiendrai.
FINETTE
Quoi ! vous pourriez jurer, monsieur...
J'en jurerai.
Je ne me suis jamais ni fait graver, ni peindre...
FINETTE, à part.
Ah ! l'abominable homme !
VALENTIN, bas à Ménechme.
Il n'est plus temps de feindre ; Si vous l'avez reçu, dites-le sans façon : C'est pousser assez loin votre discrétion.
MÉNECHME, à Valentin.
Je ne sais ce que c'est, ou l'enfer me confonde.
FINETTE
Votre portrait n'est pas dans cette boîte ronde ?
Non, à moins que le diable, à me nuire obstiné. Ne l'ait peint de sa main, et ne vous l'ait donné.
FINETTE, à part.
Quelle audace ! quel front ! Mais je veux le confondre. Voyons à ce témoin ce qu'il pourra répondre.
Elle ouvre la boîte, et en montre le portrait à Ménechme. Eh bien ! connaissez- vous ce visage et ces traits ?
MÉNECHME, considérant le portrait.
Comment diable ! c'est moi ! Qui l'eût pensé jamais ? Ce sont mes yeux, mon air
VALENTIN, prenant le portrait.
Voyons donc, je vous prie ; Mettons l'original auprès de la copie.
Par ma foi, c'est vous-même ; et vous voilà parlant : Jamais peintre ne fit portrait si ressemblant.
MÉNECHME, à part.
Il entre là-dessous quelque sorcellerie '
Ou du moins j'entrevois quelque friponnerie.
Vous verrez qu'en venant par le coche, à leurs frais,
Ces deux coquines-là m'auront fait peindre exprès
Pour me jouer ici quelque noir stratagème.
FINETTE, à Ménechme.
Finissons, s'il vous plaît.
Oh ! finissez vous-même.