‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 277 sur 345 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

LISETTE

Elle est très bien fondée ; et, depuis quelques jours. Avec madame Argante il tient certains discours, Où l'on parle tout bas de legs, de mariage : Je n'ai de leur dessein rien appris davantage. Votre maîtresse est mise aussi dans l'entretien. Pour moi, je crois qu'il veut vous laisser tout son bien. Et vous faire épouser Isabelle,

ÉRASTE

Ah ! Lisette, Que tu flattes mes sens ! que ma joie est parfaite ! Ce n'est point l'intérêt qui m'anime aujourd'hui ; Un dieu beaucoup plus fort et plus puissant que lui, L'Amour parle en mon cœur : la charmante Isabelle Est de tous mes désirs une cause plus belle, Et pour le testament me fait faire des vœux...

LISETTE

L'Amour et l'intérêt seront contents tous deux :

Serait-il juste aussi qu'un si bel héritage

De cent cohéritiers devînt le sot partage ?

Verrais-je d'un œil sec déchirer par lambeaux.

Par tant de campagnards, de pieds-plats, de nigauds.

Une succession qui doit, par parenthèse.

Vous rendre un jour heureux,et nous mettre à notre aise?

Car vous savez, monsieur...

ÉRASTE

Va, tranquillise-toi ; Ce que j'ai dit est dit : repose-toi sur moi.

LISETTE

Si votre oncle vous fait le bien qu'il se propose, Sans trop vanter mes soins, j'en suis un peu la cause : Je lui dis tous les jours qu'il n'a point de neveux Plus doux, plus complaisants, ni plus respectueux ;

4i8 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

Non par l'espoir du bien que vous pouvez attendre. Mais par un naturel et délicat et tendre.

CRISPIN

Que cette fille-là connaît bien votre cœur ! Vous ne sauriez, ma foi, trop payer son ardeur. Je dois, dans peu de temps, contracter avec elle. Regardez- la, monsieur ; elle est et jeune et belle : N'allez pas en user comme de l'autre, non !

LISETTE

Monsieur Géronte vient, il faut changer de ton. Je n'ai point eu le temps d'aller chez les notaires. Toi, qui m'as trop longtemps parlé de tes affaires, Va vite, cours, dis-leur qu'ils soient prêts au besoin. L'un s'appelle Gaspard, et demeure à ce coin ; Et l'autre un peu plus bas, et se nomme Scrupule.

CRISPIN

Voilà pour un notaire un nom bien ridicule.

GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, un Laquais.

GÉRONTE

Ah ! bonjour, mon neveu.

ÉRASTE

Je suis, en vérité.

Charmé de vous revoir en meilleure santé. De grâce, asseyez-vous.

Le laquais apporte une chaise.

Ôte donc cette chaise ; Mon oncle, en ce fauteuil, sera plus à son aise.

Le laquais ôte la chaise, apporte un fauteuil, et sort.

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