‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 278 sur 345 · SCÈNE IV GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE

GÉRONTE

J'ai, cette nuit, été secoué comme il faut. Et je viens d'essuyer un dangereux assaut : Un pareil, à coup sûr, emporterait la place.

ÉRASTE

Vous voilà beaucoup mieux ; et le ciel, par sa grâce, Pour vos jours en péril nous permet d'espérer. Il faut présentement songer à réparer Les désordres qu'a pu causer la maladie. Vous faire désormais un régime de vie, Prendre de bons bouillons, de sûrs confortatifs. Nettoyer l'estomac par de bons purgatifs, Enfin ne vous laisser manquer de milles choses.

Oui, j'aimerais assez ce que tu me proposes ; Mais il faut tant d'argent pour se faire soigner. Que, puisqu'il faut mourir, autant vaut l'épargner. Ces porteurs de seringue ont pris des airs si rogues !... Ce n'est qu'au poids de l'or qu'on achète leurs drogues. Oui pourrait s'en passer et mourir tout d'un coup. De son vivant, sans doute, épargnerait beaucoup.

ÉRASTE

Oui, vous avez raison, c'est une tyrannie : Mais je ferai les frais de votre maladie. La santé dans le monde étant le premier bien. Un homme de bon sens n'y doit ménager rien. De vos maux négligés vous guérirez sans doute. Tâchons à réparer vos forces, quoi qu'il coûte.

GÉRONTE

C'est tout argent perdu dans cette occasion : La maison ne vaut pas la réparation.

Je veux, mon cher neveu, mettre ordre à mes affaires. As-tu dit qu'on allât me chercher deux notaires ?

LISETTE

Oui, monsieur ; et dans peu vous les verrez ici.

GÉRONTE

Et dans peu vous saurez mes sentiments aussi ; Je veux, en bon parent, vous les faire connaître.

ÉRASTE

Je me doute à peu près de ce que ce peut être.

GÉRONTE

J'ai des collatéraux...

Oui, vraiment, et beaucoup.

GÉRONTE

Qui, d'un regard avide, et d'une dent de loup, Dans le fond de leur cœur dévorent par avance Une succession qui fait leur espérance.

ÉRASTE

Ne me confondez pas, mon oncle, s'il vous plaît. Avec de tels parents.

GÉRONTE

Je sais ce qu'il en est.

ÉRASTE

Votre santé me touche, et me plaît davantage Que tout l'or qui pourrait me tomber en partage.

GÉRONTE

J'en suis persuadé. Je voudrais me venger D'un vain tas d'héritiers, et les faire enrager ; Choisir une personne honnête et qui me plaise. Pour lui laisser mon bien et la mettre à son aise.

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