ACTE I — SCÈNE IV
ÉRASTE
Vous devez là-dessus suivre votre désir.
LISETTE
Non, je ne comprends pas de plus charmant plaisir
Que de voir d'héritiers une troupe affligée,
Le maintien interdit, et la mjne allongée,
Lire un long testament où, pâles, étonnés,
On leur laisse un bonsoir avec un pied de nez.
Pour voir au naturel leur tristesse profonde.
Je reviendrais, je crois, exprès de l'autre monde.
GÉRONTE
Quoique déjà je sois atteint et convaincu. Par les maux que je sens, d'avoir longtemps vécu ; Quoiqu'un sable brûlant cause ma néphrétique. Que j'endure les maux d'une acre sciatique. Qui, malgré le bâton que je porte en tout lieu, Fait souvent qu'en marchant je dissimule un peu ; Je suis plus vigoureux que l'on ne s'imagine. Et je vois bien des gens se tromper à ma mine.
LISETTE
Il est de certains jours de barbe, où, sur ma foi. Vous ne paraissez pas plus malade que moi.
GÉRONTE
Est-il vrai ?
LISETTE
Dans vos yeux un certain éclat brille.
GÉRONTE
J'ai toujours recormu du bon dans cette fille. Je veux pourtant songer à mettre ordre à mon bien Avant qu'un prompt trépas m'en ôte le moyen. Tu connais et tu vois pcirfois madame Argante ?
422 LE LEGATAIRE UNIVERSEL
ÉRASTE
Oui : dans ses procédés elle est toute charmante.
Et sa fille Isabelle, euh ! la connais-tu ? .
ÉRASTE
• Fort.
C'est une fille sage et qui charme d'abord.
GÉRONTE
Tu conviens que le ciel a versé dans son âme Les qualités qu'on doit chercher en une femme ?
ÉRASTE
Je ne vois point d'objet plus digne d'aucuns vœux, Ni de fille plus propre à rendre un homme heureux.
GÉRONTE
Je m'en vas l'épouser.
ÉRASTE
Vous, mon oncle !
GÉRONTE
Moi-même.
ÉRASTE
J'en ai, je vous l'avoue, une allégresse extrême.
LISETTE
Miséricorde ! hélas ! ah ciel ! assiste-nous. De quelle malheureuse allez-vous être époux ?
GÉRONTE
D'Isabelle, en ce jour ; et, par ce mariage,
Je lui donne, à ma mort, tout mon bien en partage.
ÉRASTE
Vous ne pouvez mieux faire, et j'en suis très content Je voudrais, comme vous, en pouvoir faire autant.