ACTE IV SCÈNE IV. ijt
Qu'on permette ma mort , l'état en a besoin. Vous voyez cetto guerre, en disj^races féconde, De nos débris fameux couvrir la terre et l'onde. Chez les Français toujours l'excès du sentiment Aufjmente le bonheur, rend le malheur plus grand. Peu faits aux longs revers, las do voir leur courag; Servir ù leur défaite, et hâter leur naufrage, Dans un dépit amer, hélas! ils ont pensé Oue le siècle est déchu, que leur régne est passé. Mais qu'il s'élève enfin, dans cette erreur commune, Une ame inébranlable aux coups de l'infortune, Digne de nos aïeux et de ces temps si chers Où les lis florissants ombrageoient l'univers, Kt vous verrez soudain par-tout ce peuple avide Saisir, suivre, égaler son audace intrépide. Devenus ses rivaux de ses admirateurs, Son noble enthousiasme embrasera les cœurs. Indignés d'avoir pu désespérer d'eux même, Ils forceront le sort par leur constance extrême, Et peut-être à l'état rendront un plus beau jour Que ces jours qu'ils croyoient regretter sans retour. Vuilà de notre mort les fruits inséparables; Notre sang va par-tout enfanter nos semblables.
A M BLET USE, à Aliênor.
Bien plus, si du destin leà nouvelles rigueurs Chez nos neveux un jour ramenoient nos malheurs, Du héros de Calais l'impérieux exemple.
Que la gloire à leurs yeux offrira dans son temple, .Jusques au fond des cœurs atte'.sdris et confus Ira chercher l'honneur, éveiller les vertus j
i"i2 LE SIÈGE DE CALAIS.
Et dans les citoyens , du ranj^ même où nous sommes.
Déployer le génie et Famé des grands hommes.
f'/est ainsi qu'un mortel, surpassant ses souhaits,
Par une helle mort se survit à jamais,
Et qu'après un long cours de siècles et d'années,
De sa patrie encore il fait les destinées.
ALI EN OR, à part. O courage! ô vertu! dont l'héroïque ardeur, Etonnant la raison , s'empare de mon cœur ! Ils font presque approuver à mon ame ravie Et désirer pour eux ce trépas que j'envie. Valois leur devra tout; et souvent, en effet, Le sort des souverains dépend d'un seul sujet. Harcourt trahit son prince, et d'Artois l'abandonne ; Un maire de Calais raffermit sa couronne. Quelle leçon pour vous, superbes potentats! Veillez sur vos sujets dans le rang le plus bas : Tel qui sous l'oppresseur, loin de vos yeux, expire, Peut-être quelque jour eût sauvé votre empire.
( aux bourgeois. ) Malheureux! fiez-vous aux fureurs d'Edouard: Les offres de Valois arriveront trop tard.