‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 123 sur 325 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

SAINT-PIERRE, EDOUARD, gardes.

É D o u A r. D , s' asseyant.

Viens, superbe ennemi , qui prends pour l'héroïsme Le courage insensé d'un ardent fanatisme. Un monarque indulgent, qui chéiit les vertus, Daigne dans tes pareils on respecter l'abus. Ma bonté, qu'indigna ton audace obstinée. Veut à ton choix, enfin , laisser ta destinée, Et, plaignant une erreur que tu ])eux abjurer, Au lieu de te punir, consent à t'ëclairer. Ouvre les yeux. J'ai fait recueillir dans mes tentes De tes concitoyens les troupes défaillantes. Victimes de la faim et d'un larouche orgueil, lis tomboient; les chemins deveuoient leur cercueil. Pour aller jusqu'au roi que leur cœur me préfère, Il faut que ma bonté soutienne leur misère. Déjà ces malheureux, par mes ordres nourris, D'un bienfait imprévu paioissent attendris.

i64 LE SIEGE DE CALAIS.

Tu pourrois, achevant leur conquête facile,

Les ramener d'un mot dans le sein de leur ville.

Tes jours sont à ce prix. Ton grand cœur plaît au mien

Et mon fils se promet d'être l'ami du tien.

Cède avi temps, au vainqueur, que seul tu dois coiiiioîtr

Laisse au sort des traités à fixer ton vrai maître :

Voilà tous les devoirs où tu dois t'arrêter.

Crois-tu que ton supplice engage à t'imiter?

Quels grands sur l'échafaud te prendront pour modèle

Va, les seuls rois heureux ont une cour fidèle;

Et si je règne enfin, tu n'es dans l'avenir

Qu'un criminel obscur que la loi fit punir.

SAINT-PI ER RE

Seigneur, j'ai désiré, pour prix de mon courage, Le bien de mon pays, sa gloire et son suffrage. Si la France succombe enfin sous vos exploits, Il m'est doux que mon nom périsse avec ses lois. Vos armes, cependant, sont loin de les détruire; Je le vois par les soins qu'on prend pour me réduire. Oui, sur ma nation , sur son génie ardent D'un éclat de vertu vous craignez l'ascendant. Mais le coup est porté : si jamais ma foiblesse De mes premiers efforts démentoit la noblesse, Le sentier de l'honneur que mes pas ont tracé Par mon lâche retour ne peut être effacé. Vos bontés sur les cœurs obtiennent quelque empire; Mais le Français combat l'ennemi qu'il admire. Leur valeur va s'accroître encor par vos bienfaits: Ils voudront en vainqueurs les rendre à vos sujets.

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