ACTE I, SCENE IV
Louis vous ravit-il ces moissons de lauriers? Pourquoi nommer Gastou le chef de vos guerriers? A combattre sous lui pouvez-vous vous contraindre? N'en rougissez-vous pas?
BAVARD
Je n'ai point à me plaindre; Frère du roi d'Espagne et neveu de mon roi, Nemours n'est-il pas né pour commander sur moi?
URBIN
Mais sa jeunesse extrême...
BATARD, i interrompant.
Eh! que fait sa jeunesse.
Lorsque de l'âge mûr je lui vois la sagesse? Profond dans ses desseins, qu'il trace avec froideur, C'est pour les accomplir qu'il garde son ardeur. Il sait défendre un camp et forcer des murailles; Comme un jeune soldat désirant les batailles, Comme un vieux général il sait les éviter. Je me plais à le suivre, et même à l'imiter; J'admire sa prudeuce, et j'aime son courage. Avec ces deux vertus un guerrier n'a point d'âge.
rRB IN, se levant.
Bayard peut commander, et Bayard veut servir! Tout le fruit de mon zèle est donc un repentir?
BAYARD, ffui s'est levé en même temps qu Urbin. Non ; je vais de mon sort vous faire ici l'arbitre.
URBIN, surpris.
Moi?
BAYARD
Nous nous estimons, seigneur, à plus d'un titre.
lya GASTON ET BAYAIID.
Parlez vrai. Si ma foi cédoit à vos discours , Serois-je en votre cœur ce que j'y fus toujours:
URBIN, après un moment de réflexion.
Je t'imite, Bayard; et je te parle en homme, Non plus en courtisan du monarque de Rome. J'allois, si par mes soins il t'avoit corrompu, Applaudir son bonheur, et pleurer ta vertu.
BAYARD, l'embrassant.
Va, le frère chéri que m'ont donné les armes Ne versera sur moi que d'honorables larmes.
URBIN, affectueusement.
Tu veux que j'en répande, et tu m'en vois frémir! Est-ce en jeune insensé qu'ici tu dois périr? En comptant sur Nemours, ta sagesse est trompée. D'épais et longs frimas la terre détrempée. Tant de marais profonds, de fleuves débordés. Par nos fiers Albanois défendus et gardés. Opposent à sa marche une sûre barrière. Eh! comment pensez-vous que son armée entière, Ce pesant appareil de cent foudres d'airain , Ces soldats combattus par le froid et la faim, Poursuivis, tourmentés d'éternelles alarmes. Faibles et succombant sous le poids de leurs armes. Vont, par de tels chemins, jusqu'à vous accourir? Le libre voyageur a peine à les franchir. Daignez vous rendre ù moi.
BAYARD
Comment! Bayard se rendre
URBIN
Les débris de ce fort ne peuvent se défendre :