ACTE I, SCÈNE VIII
Vient de m'encourager, par des bienfaits nouveaux, A tromper l'amitié de ce jeune héros.
Il me rend , en secret, le duché d'.\ltémore; Du nom de vice-roi sa main me flatte encore. Mais par un soin plus cher je nie sens enflammé : Nemours est mon rival , et mon rival aimé!
AVOGARE.
Va , je le soupçonnois lorsque ma loi sévère
A ta naissante ardeur prescrivit le mystère.
De ta contrainte, ami , vois les heureux effets :
Euphémie et Gaston te livrent leurs secrets;
Ils ignorent ma haine et notre intelligence.
Mais pourquoi leur amour dans l'ombre du silence?...
A LT É M O R E , l'interrompant vivement. Nemours à son amante avoit donué sa foi De ne rien déclarer sans l'aveu de son roi. Il vient de l'obtenir, et mes justes alarmes...
AVOGARE, l'interrompant à son tour.
Pour combattre leurs feux j'ai de puissantes armes. Quand Bayard apprendra qu'on cherche à lui ravir Celle qu'en digne amant il croyoit obtenir; Lui dont le bras vengeur, disputant Euphémie, Du fier Sotomaïore a terminé la vie...
altÉmore, à part, très vivement.
Ciel ! je vais l'un par l'autre immoler mes rivaux! France, en les divisant on perd tous tes héros. Par leurs jaloux débats nous donnant la victoire. L'amour pour les aigrir est plus fort que la gloire : De la même beauté quand leurs cœurs sont épris, Il ne faut qu'un regard pour perdre deux amis.
Ah ! si l'amour entre eux n'arme point la vengeance, Il va des grands objets distraire leur prudence, Et détourner leurs soins, par un désordre heureux. Loin des pièges mortels rassemblés autour d'eux. Viens, et tâchons sur-tout de leur rendre la ville...
ALTKMORE, l'interrompant.
Oui; leur perte y devient plus sûre et plus facile. Là, le gouffre enflammé sous leurs pas va s'ouvrir. Ce n'est qu'en y tombant qu'on le peut découvrir.