‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 148 sur 325 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

AVOGARE, EUPHÉMIE.

EUPHÉMIE

Mon père!...

AVOGARE, l'intetTompant, en fureur.

Non; ma haine en est plus affermie.

EUPHÉMIE

Croyez que vos secrets , gardés par Euphémie...

AVOGARE, l'interrompant.

Va, tu m'en répondras, puisqu'ils sont dans ta main. Je vois que tu sais tout, et je nierois en vain. Quel perfide à tes yeux dévoila ce mystère?

EUPHÉMIE

Un mortel vertueux dont le nom se doit taire.

AVOGARE.

Je saurai le connoître; il mourra par mes coups.

{plus tranquillement.) Mais Gaston s'est flatté de se voir ton époux; Il croit que tu réponds au feu qui le dévore.

Ah! peut-il se tromper quand il croit qu'on l'adore? Mon ame s'ouvre à vous, pour mieux vous attendrir;

Avant de voir Nemours j'appris à le chérir; Au récit de sa gloire , en tous lieux répandue , D'un trouble intéressant je me sentois émue ; Au bruit de ses périls on me voyoit pâlir; Ses exploits en secret sembloient m'enorgueillir; Mon cœur vers ces climats appeloit sa vaillance ; J'osois lui souhaiter, dans mon impatience, Des triomphes nouveaux, de nouvelles vertus; Et mes vœux chaque jour se voyoient prévenus. Les lauriers d'Aignadel venoient d'orner sa tête, Lorsque par un assaut Bresse fut sa conquête : Vous vîtes sa valeur, sa grâce, ses bienfaits , Enchanter tous les cœurs surpris et satisfaits. Comme il daigna pleurer sur le sort de mon frère, Victime en cet assaut d'un zèle téméraire! Mais avec quel respect ses dons consolateurs Versoient autour de nous l'oubli de nos malheurs ! Vous en fûtes touché. Bayard eu son absence, Ignorant son amour, brigua notre alliance : Je n'eus point de raison pour rejeter sa foi , Tant que Nemours m'aima sans l'aveu de son roi. Hélas! à s'enflammer la passion plus lente Dans une ame sévère en est plus violente.

.(àpa?t. ) Bayard ne cède point. Ciel, vais-je être aujourd'hui Un flambeau de discorde entre Nemours et lui?

(à Avogare. ) Mais un plus grand danger m'alarme pour mon père : On a de vos complots pénétré le mystère ; Et qui sait si Louis, après vos noirs détours.

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