ACTE IV, SCÈNE IX
Que par un prompt message il m'envoie en ces lieux; Et, nia!;;ré ses vieux, ans, la vertu qui l'anime Sait être infatigable autant que votre crime.
AVOG A RE, « part.
Précipitons l'instant; tous mes ressorts sont prêts.
( // veut sortir.) E U P H É M I E , le suivant.
Si vous sortez, je cours publier vos projets. A YOGA RE, le prenant par la main.
Sais-^u que tu me dois... que tu risques ta vie? EUPHÉMiE, avec la plus grand emportement (le la rage et de la douleur.
Frappez, reprenez-la quand vous l'avez flétrie : Ma naissance est ma honte, et fait mon désespoir; Le malheur de ma vie est de vous la devoir...
( après un court silence. ) ( Elle l'embrasse. )
Que dis-je? Ah! pardonnez! Cher ennemi que j'aime! Vous me devrez aussi vos jours malgré vous-même: J'obtiendrai votre grâce ou mourrai près de vous. Oui, cruel!... Oui, mon père! Ah! si, dans mon coun'oux, Ma bouche audacieuse a pu vous faire injure. Mes yeux donnent encor des pleurs à la nature. ( lui prenant la tnain , et la baisant en la baignant de
ses larmes. ) Les sentez-vous couler? Pouvez-vous sans douleur Les voir tremper la main qui m'arrache le cœur? ^
A V OG A R E , avec dissimulation.
Cache donc mes secrets par devoir, par tendresse: Je crains tout, et demain je prétends quitter Bresse.
244 GASTON ET BAYAIID,
EUPHÉMIE
Demain! Eh! vous avez quelque piège ignoré Dont cette nuit eucor l'effet est assuré :
( lui montrant un papier. ) Ce billet me l'annonce... Allons , le ciel m'inspire; C'est Nemours en secret que je vais seul instruire.
A VOGARE.
Quoi !
EUPHÉMIE, l'interrompant.
Le crime et l'aveu sont pour moi deux malheurs. Mais en sauvant Nemours j'enchaîne ses rigueurs : Il me doit votre grâce; elle est ma récompense.
{Elle vent sortir.) A VOGARE, se mettant au-devant délie , et la retenant. Comment! tu veu\. livrer ma vie à sa vengeance?
EUPHÉMIE, très rapidement.
Votre cœur n'est pas fait pour connoitre le sien : Vous le jugez par vous; j'en juge par le mien. Vous alliez m'immoler dans ce héros aimable; Il me respectera dans mon père coupable. Je dois, à sa vertu coHfiant vos destins, Vous sauver des forfaits et des dangers certains.
( Elle veut encore sortir
A\ OG ARF.., furieux , et l'arrêtant toujours. Les dangers sont pour toi , fille impie et barbare ! Redoute les transports oîi mon ame s'égare : Je n'ai plus qu'un parti, celui du désespoir. Les jours de ton amant vont être en mon pouvoir: C'est l'auteur de mes maux, de la mort de ta mère, Le chef des meurtriers qui m'ont ravi ton frère.