ACTE V, SCÈNE IV
Ouvre un canal antique aux fiers Vénitiens. Dans leurs temples déjà, sans bruit et sans alanucs , Les Bressans désarmés ont repris d'autres armes. Ou parle d'un rempart qui doit être abyraé Par ce volcau nouveau sous la terre enfermé : L'Espagnol s'en promet l'effet le plus terrible. • J'ignore où doit frapper ce tonnerre invisible. Mais je sais que bientôt un lâche meurtrier
( à Nemours. ) Vous y doit, avec art, exposer le premier; Et, vous ouvrant soudain cette tombe enilammée, Enlever aux Français l'ame de leur armée ( C'est ainsi qu'en ces lieux ou vous nomme, seigneui ). J'ai frissonné d'effroi, de rage et de douleur; J'ai voulu vous soustraire à ces pièges du crime. Vous voyez à mes pleurs, au zèle qui m'anime. Qu'un transfuge, accablé par les ans et les maux , Toujours guerrier dans l'ame, adore les héros.
GASTON
D'où sais-tu ces secrets? par quelle intelligence?
LE VIEILLARD
Une seule ressource étoit en ma puissance :
J'ai vendu l'humble toit par ma femme habité,
Réduit de sa vieillesse et de ma pauvreté,
Seul fruit d'un long travail et des dons d'Euphémie,
Pour gagner un soldat de la garde ennemie.
» Asr ON , attendri, à part.
Ah! Dieu!
BAVARD, à part.
Que de grandeur!
ajt) GASTON ET BAYARD.
GASTON, à part.
Et nous, mortels heureux, Nous croyons quelquefois être seuls généreux!
( au vieillard. ) Achève : saurois-tu quel autre qu'Avogare Dirige sourdement les horreurs qu'on prépare?
LK VIEILLARD
IN'on, prince; l'Espagnol qui m'a tout révélé
N'a pu percer plus loin ce secret si voilé :
Il craint, en le sondant, de s'en voir la victime.
Mais moi, seigneur, mais moi, pour vous montrer l'abyme
Du peu que je savois j'ai dû vous avertir.
Je cours mieux observer ce qu'il faut prévenir.
JMon sang se rajeunit encor pour ma patrie ;
Je vois tous mes dangers, et compte peu ma vie :
Quand un soldat français au péril va s'offrir,
Daigne-t-il s'informer s'il peut en revenir?
BAYARD, avec transport.
Français, reprends ton nom.
GASTON, au vieillard, en l'embrassant.
Oui , tu l'es. Le temps presse :
(à Bayard. ) Daignez, si je m'emporte, arrêter ma jeunesse;
{appelant.) Je vais donner mon ordre. Entrez tous.
[Plusieurs officiers et soldais entrent.)