ACTE I, SCÈNE II
Je voulois leiidre au Tajje, au pur sang de ses rois, Le présent qu'à la Seine ils ont fait autrefois. Mon cœur se proinettoit, pour son premier ouvrage , D'adoucir un époux qu'on me peignoit sauvage; Par de tendres vertus j'espérois le dompter, Et gagner tous les cœurs, pour les lui reporter. J'arrive dans Burgos. Au lieu de l'alégresse , Je vois dans tous les yeux le trouble et la tristesse. La mère de don Pédre, étouffant ses douleurs , Vient, m'embrasse, bientôt me baigne de ses pleurs. Je ne vois point le roi, qui craint de voir sa mère; Sous cent préte.xtes faux mon hymen se diffère. Après de longs refus, Pedre se montre enfin ; Il me mène à l'autel avec un fier dédain. Cet hymen, dont Paris chantoit les nœuds prospères, Offrit le morne aspect des pompes funéraires. La cour, le peuple entier, saisi d'un sombre effroi. Cherche en tremblant mon sort dans les yeux de son roi Il me jette un regard, mais un regard farouche; Sourit d'un froid serment qui tombe de sa bouche, Sort du temple; et soudain , par des détours secrets, Se dérobe à sa cour, et me fuit pour jamais. Peignez-vous ma surprise à cet excès d'outrage, Le timide embarras, la candeur de mon âge, La douleur et l'effroi de mes esprits confus! Étrangère, au milieu d'un monde d'inconnus. Ne sachant où porter et mon trouble et ma plainte, J'inspirois la pitié... mais la pitié contrainte! Enfin on me révèle un mystère odieux, Qui n'étoit un mystère, hélas! que pour mes yeux.
J'apprends que dans ce jour où Pèdre avec instance
Par ses ambassadeurs pressoit notre alliance,
Il avoit vu Padille, et qu'au prix de l'honneur
Cette beauté si fière avoit gagné son cœur.
Me quittant aux autels, le monarque parjure
Revoloit dans ses bras consommer mou injure :
Tous deux en faisoient gloire ; et qui plaignoit mou soi
Recevoit pour salaire ou les fers ou la mort.
Mais bientôt sur moi-même assouvissant la rage
Que garde une ame vile au grand cœur qu'elle outrage
On m'arrache des bras de la mère du roi.
Qui m'osoit consoler en pleurant avec moi.
Don Pédre me punit de la chérir en fille ;
De prisons en prisons, cachée à ma famille,
Je n'eus, pour soutenir mes misérables jours.
Que l'aliment du pauvre, et ne l'eus pas toujours.
Cependant il n'est plus de devoir qu'il ne brave :
Tyran pour tout son peuple, et pour Padille esclave,.
Il ravit les trésors, il fait couler le sang.
N'épargne, ni vertu, ni naissance, ni rang.
Je partage sa honte eu vous traçant ses crimes:
Mais comment vous compter ses illustres victimes?
Chaque meurtre excitant des murmures nouveaux.
Il rappeloit sans cesse et lassoit les bourreaux.
Le cruel immola ses frères et leur mère,
Son tut€ur, les neveux et la sœur de son père :
Sur sa mère!... on retint son parricide bras;
Et l'ordre de ma mort combla ses attentats.
Je frémis : chaque trait rappelle à ma mémoire