‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 206 sur 325 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Ce que m'a dit Guesclin, ce que je n'ai pu croire. Mais don Pédre à vos pieds n'est jamais revenu?

BLANCHE

Padille craignoit trop les droits de la vertu. D'un amour tyrannique exerçant la puissance , Elle avoit à son roi défendu ma présence.

EDOUARD

Dans (piel temps osa-t-il ordonner votre mort? Quelle main vous sauva? quel heureux coup du sort?

BLANCHE, vivement.

Quand le seul rejeton de sa triste famille, Transtamare son frère, entroit dans la Castille: Couronné par le peuple, appuyé des Français, Il venoit pour briser les fers où je pleurois. Pedre, mal^jré l'Afrique, et Grenade et Lisbonne, Se voyant par Guesclin renversé de son trône, V'oulut punir sur moi la France et les Bourbons; Il me fit apporter un poignard, des poisons: Fernand , qu'il en chargeoit, n'eut que le choix du crime. O d'un roi trop cruel ministre magnanime! Fernand voit qu'un refus le perd sans me sauver...

EDOUARD, avec surprise.

Il se charge du meurtre ?

BLANCHE

Et vient m'en préserver.

Cachant mon nom, mon rang, qui m'e.xposoient encore, Sa prudence en secret m'envoya chez le iMaure. Mais lorsque votre bras, par-tout victorieux. Eut rétabli don Pédre au rang de ses aïeux, Par ordre de Fernand dans ces lieux transportée,

J'ai revu la prison que j'avois habitée. On m'y sert avec soin, sans savoir qui je suis. Morte à tout l'univers, seule avec mes ennuis, Je rappelle, en pleurant, l'éclat de mon enfance, Le jour où j'ai quitté le bonheur et la France. Ah! je croirois, sans vous, que la tour de Montiel Est le tombeau fatal que m'a choisi le ciel.

EDOUARD

Je le bénis ce ciel ! sa faveur m'accompagne, Lorsque pour vous sauver il m'amène en Espagne: Don Pédre me doit tout, il remplira mes vœux. Don Pédre est criminel, mais roi, mais malheureux: Dieu seul peut le punir, tout roi doit le défendre. V^ers moi , dans son désastre, il vint jadis se rendre, Dépouillé, fugitif, rebut des vils humains; Il parut, et j'allai le servir de mes mains. Pour régner à mon tour le destin m'a fait naître : J'enseigne à respecter ce qu'un jour je dois être. Dans les champs de l'honneur je m'arme contre un roi Dans ma cour, dans mes fers, il est un dieu pour moi. J'estimois Transtamare et sa valeur brillante ; Son ame est grande et fière, humaine et bienfaisante, Fidèle à l'amitié , ferme dans le malheur...

BLANCHE

Il a trop de vertu pour un usurpateur.

EDOUARD

Madame , il n'eu a plus, s'il détrône son frère. Je viens les réunir par un accord sincère; Et vos jours conservés appuieront ce dessein Que la mort de Padille a fait naître en mon sein.

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