ACTE II, SCENE V. aQ
« Ami, que pour tracer mon aventurp horrible,
• Et laisser contre un monstre un monument sacré
« Où son coeur infernal au granH jour soit montré. »
A CCS mots, (l'une main jar la rage al'fermie,
Il trace de son sang l'écrit qu'il me confie.
« Fuis, dit-il, et qu'Ilus venge sur Anténor
« Et la coupable vie et le trépas d'Azor. »
Il vous nomme; ef je vois ses entrailles émues,
Ses larmes, par torrents, dans son sang confondues...
«« Votre père est vivnnt, » lui dis-je. Un doux transport
Mêle un rayon ile joie à l'ombre do la riort.
C'est son dernier moment; et, dans mon trouble extrême,
•l'ai fui, tremblant, hélas! d'être accusé moi-même.
POLYDORE, à part.
O mon fils! voilà donc la main qui l'a perdu? Anténor m'a coûté ta vie et fa vertu!
O pertes jjour m.on cœur également cruelles! Mes yeux, laissez couler vos larmes paternelles.
ZELMI RE.
Anténor, l'artisan de tant d'affreux desseins! O mon père! et j'allois vous livrer en ses mains!
POLYDORE, nu Soldat.
Donne-moi cet écrit. .le veux devant l'armée, De honte, à cet aspect, et de rage enflammée. Le montrer, d'une main, à ce lâche imposteur, De l'autre lui plonger ce glaive au fond du cœur.
ZELM IRE.
Ah! seigneur, arrêtez.
L !. SOLDAT, à Pi> 'jdofC.
Qu'allez- vous entreprendre?
3o ZELMIRE.
Vous serez immolé sans qu'on vous laisse entendre. Moi-même, de brigands, de traîtres entouré, J'ai craint d'avoir sur moi cet écrit révéré : Il est dans un asile où seul je me retire; J'aurai soin, cette nuit, de le rendre à Zelmire. D'ailleurs, ignorez-vous qu'Anténor et Rhamnès Imputent ce grand crime à vos amis secrets? Dans le camp, dans la ville, on crie avec colère Qu'Azor n'eut d'assassin qu'un vengeur de son père; Et tous, en vous voyant survivre à son trépas, N'iront plus accuser ni chercher d'autres bras.
ZELMIRE, à Polydore.
Mon père, eh! pensez-vous qu'ils manquent d'artifice, D'audace pour vous perdre? Avant qu'on s'éclaircisse, Ils raviront ce gage à vos tremblantes mains; Aux regards prévenus d'un peuple d'assassins Ils y feront trouver les traits de l'imposture. Pour vous, envers .Azor je fus déjà parjure ; On croira que mes soins, en trompant son courroux, Servoient votre vengeance, et préparoient vos coups; Que nous formions de loin cette trame sanglante. Daignez prendre une voie et plus sûre et plus lente. A nos premiers desseins pourquoi renoncez-vous? Armés de cet écrit, fuyons vers mon époux. Vous savez que , dans Troie, Uus couvert de gloire A rétabli la paix des maiiJts de la victoire. Partons , et ramenant ce héros indompté, Venez, la foudre en main, montrer la vérité.
POLYDORE
Mais cette fuite, enfin, la crois-tu si facile?