‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 23 sur 325 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

POL YDORE.

Quels sentiments, ma fille, en cette humble fortune!

O leçon pour les grands trop vaine et trop commune!

A ces derniers humains quel roi vient s'abaisser?

Quand ils sont malheureux daignons-nous y penser?

Nos yeux remarquent-ils leur obscure existence?

Leur zélé la prodigue à notre indifférence;

Et , loin de se venger de nos mépris honteux ,

Us sont hommes pour nous,quand nous souffrons comme eux.

Mais, Zelmire, ce fils, l'espoir de ta tendresse,

Ce charme de mes yeux, si cher à ma vieillesse,

Vas-tu l'abandonner, en fuyant avec moi , Au tigre à qui ce peuple a confié son roi? Ah! je frémirois moins, si j'exposois sa vie Dans les antres sanglants des monstres de Libye! L'amour et le devoir pounoient-ils aujourd'hui Te parler pour moi seul , et se taire pour lui?

Le croyez- vous, seigneur? Mon amour pour mon père M'a-t-il donc arraché ces entrailles de mère?

( à part. ) Nature, tu m'as fait le plus tendre des cœurs, Pour rassembler sur lui tout l'excès des malheurs!

( à Polydore. ) Entre mon fils et vous, choix terrible et barbare!... Le sentiment se tait, et la raison s'égare... J'idolâtre mon fils , j'adore mon époux : Mais ne doivent-ils pas donner leur sang pour vous? Ma vie est votre bien ; je vous la sacrifie. Ils vous sont, comme moi, comptables de leur vie: L'un naquit votre fils, l'autre l'est par son choix... Ah! les mêmes devoirs nous enchaînent tous trois.

POLYDORE

Ton fils mourroit pour moi !

(à part.) Lui?... Devant qu'il expir( Ciel , choisis le forfait que lu veux me prescrire.

POLYDORE

Du fil de ses beaux jours, à peine encor naissants, Payer le reste usé de mes jours languissants !

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