ACTE m, SCENE IV
Pour la première fois, troublant son calme affreux, J'apporte à ses genoux des larmes et des vœux. Savez-vous sa réponse' Un poignard , qu'on arrête. Et que deux fois encore il lève sur ma tête. Padille le désarme . Et moi, toujours soumis, J'allai pleurer ailleurs mon frère et mon pays. Sa fureur me poursuit sur tout ce que j'adore. En s'abreuvant de sang, il s'en altère encore, Et sans vous retiacer mes amis, mes parents. Mes cinq frères, hélas! sous son glaive expirants, Songez que ses bourreaux ont massacré ma mère... Et voilà tous st-s droits pour détester son frère.
n. pÉdre.
Ta mère à ta naissance a mérité la mort.
{Edouard et du Guesclin font un mouvement
d'indignation. )
HENRI, impétueusement.
Vous l'entendez, se'gneur : a-t-il quelque remord?
Ce fut rlonc pour sauver les dtrniers de ma race
Que j'acceptai ce tiône où l'on m'offroit sa j)lace.
Si vos vaillantes mai:is surent l'y rétablir,
De vos plus grands exploits il vous force à gémir.
L'Espagne retournant sous l'empire des crimes,
ÎS'est qu'un vaste bûcher tout couvert de victimes.
Pour la sauver encore on n'appelle que moi;
Sans or et sans soldats j'arrive, et je suis roi.
Ainsi ses cruautés me donnent ses provinces.
L'amour, le choix du peuple a fait les premiers p'ioces:
Quels titres sont plus purs, plus justes, plus flatteurs?
Le sceptre est un présent que m'ont fait tous les cœurs.
D . p É D R E , toujours avec violence. Mon peuple est-il mon juj^e? Amour, rigueur, venjeanc Oubli de mes devoirs, abus de ma puissance, J'en dois compte à moi seul. Vous, né pour obéir, Au lieu de me combattre, il falloit me fléchir; Mais de mes passions vous irritiez la flamme. j'ai vu mes vils sujets attenter sur mon ame, En superbes tyrans disposer de ma foi.
Je repoussai Buurbon, qu'ils m'offi oient malgré moi; Ils proscrivoient Padille, elle m'en fut plus chère, Et je la défendis contre ma propre mère. Enfin, si je versai votre sang criminel, Je fus juste, sévère, et ne fus point cruel.
( plus impétueusement. ) Rends-moi mon trône, ou crains que plus sévère encore
HENRI
Du trône de Grenade on veut priver le Maure; Et je venois t'offrir mon armée et mon bras, Pour te couronner roi sur leurs riches états. Rends ces peuples heureux : la Castille, peut-être, Te voyant mieux régner, regrettera son maître. Quittant son sceptre alors, Henri te le rendroit. Et l'empire du Maure en ma main revieudroit.
( voyant V air furieux de don Pedre. ) Mais non, puisque Edouard m'offre avec cet empire, Une épouse, un ami, premiers biens où j'aspire, Je suis prêt d'accepter...
DU G CESCLIN.
Qu'a liez -VOUS faire? O ciel!