ACTE 1, SCÈNE I. 3G
Quand ce père oFfensé , vous prenant pour vengeur,
De la duchesse encor vint vous offrir la so.'ur;
Le roi, favorisant cet illustre hyménée,
Par un ordre secret en pressa la journée:
Contre les Musulmans prêt à porter ses pas,
Il voulut à vous seul confier ces climats;
Autrev fut par ses soins la dot de votre épouse.
Par vous, bornant du duc l'ambition jalouse.
Il voit avec plaisir tant d'intérêts nouveaux
Di\iser pour toujours deux célèbres rivaux.
Il soutiendra vos droits sur ce riche héritage,
Et de votre grandeur sa parole est le gage.
Ce qu'il promet, seigneur, est un arrêt des cieux.
Jamais il n'a tissu ces traités captieux
Où l'art, dans les détours d'une trame trompeuse.
Délie, en l'engageant, sa promesse douteuse.
Ce vil talent des cours, frêle appui de leurs droits,
Philippe l'abandonne au vulgaire des rois,
FA Y EL
Le roi n'est pas l'objet du trouble qui m'agite. Je crains un ennemi qu'il ramène à sa suite. Un rival détesté, de qui l'art suborneur M'a ravi sans retour ma gloire et mon bonheur.
ALBÉRIC
Comment! et quel rival pour vous si redoutable..,
FA y EL, à part.
Triste et honteux secret, dont le fardeau m'accable, Ton aveu, plus honteux, doit encor m'alarmer! Mais tu brises mon cœur qui veut te renfermer. [Use lève.)
Il s'ouvre eufin ce cœur violent et sensible: D'un chagrin concentré l'éclat sera terrible*
ALEÉRIC.
Parlez : vous trahissez les droits de votre ami, S'il ne sait à l'instant quel est votre ennemi.
FAYEL
Eh bien ! connois l'objet de ma fureur jalouse, Connois le séducteur de ma perfide épouse, Celui qui cause seul mes tourments et ses pleurs. Celui de qui le sang va payer mes malheurs : C'est Coucy.
ALBÉRIC
Quoi! Raoul...
FAYEL, l'interrompant.
Ce que tu \'ieus d'entendre.
Ce secret qu'eu ton sein le mien a pu répandre, Quï\ y reste caché. Si jamais il en sort, S'il t'échappe un seul mot, c'est l'arrêt de ta mort.
{avec violence, voyant frémir Alhénc. ) Crains-tu de me trahir? Quelle terreur te glace?
ALBÉRIC, tranquillement.
Je frémis du soupçon, et non de la menace; Je frémis de vous voir outrager à-la-fois, Moi, Coucy, votre épouse, et vous plus que nous trois.
FAYEL
Je maudis plus que toi mes soupçons détestables-; Prouve -moi , s'il se peut, qu'ils sont fau.^ et coupables.
(à part. ) Trop ingi'ate Vergy, qui me fais réunir A la douceur d'aimer le tourment de haïr.