ACTE I, SCÈNE 1. 3C
Toi que ma bouche accuse, et que mon ame adore, Que j'admire et flétris, que j'offense et j'implore; Plein des feux dévorants qui m'embrasent pour toi, Que n'ai-je eu ton amour pour garant de ta foi! Mais tu hais ton époux, vérité trop funeste! Et ce jour accablant m'éclaire sur le reste.
A LBÉR 10.
Eh quoi! votre teniiresse...
FAYEL, l'interrompant.
Est mon crime à ses yeux.
Mes soins sont importuns, mes respects odieux; Ma présehce l'irrite, ou la remplit d'alarmes ; Ses yeux à mes transports répondent par des larmes. Au jour de notre hymen sa haine commença; Sa main reçut ma main, son cœur la repoussa. Aîalheureux! je croyois , dans ce moment terrible, Que son ame eucor simple, à l'amour insensible, Opposoit à 1 hymen cette douce terreur, Ces modestes refus, si chers à leur vainqueur; Mais j'aperçus trop tard, dans sa tristesse amère, Des regrets de l'amour le brûlant caractère : S'enivrer de ses pleurs étoit son seid plaisir; Elle alraoit ses tourments, cherchoit à les aigrir. Entraînée au tombeau par sa douleur profonde. Un tendre souvenir la retint seul au monde. Elle imploroit la mort qui m'ôtoit tous ses vœux; Elle craignoit la mort qui rompoit d'autres nœuds. Aux portes du trépas je la voyois charmée D'être libre, à la fin, d'aimer et d'être aimée; Se flattant (jue sa foi, dans ce dernier moment ,
Cessant d'être à l'époux, se rendoit à l'amant.
ALEÉRIC.
Eh , seigneur ! se peut-il qu'à vous-même barbare, Dans ces songes trompeurs votre raison s'égare? Vous cherchez le malheur, et vous vous tourmentez Par des illusions que vous-même enfantez.
FAYEL
Je ne puis me tromper en jugeant l'infidèle. J'aime, cher Albéric, et je souffre comme elle : Va, les yeux que l'amour remplit de ses douleurs, Sans peine en d'autres yeux reconnoissent ses pleurs. Apprends tout: quand l'ingrate alloit perdre la vie, Employant de Monlac l'indigne perfidie, Raoul osa près d'elle ici porter ses pas; Il vit ses yeux éteints qui ne le voyoient pas. Il scella dans ces lieux , d'une bouche insolente, Ses coupables adieux sur sa main défaillante.
ALBÉRIC
D'oii pouvez-vous savoir ..
FAYEL, l'interrompant.
D'Armance l'a surpris.
Mais le traître étoit loin quand on m'a tout appris.
aleÉric, après un peu de réflexion.
Des ardeurs de Coucy ce criminel indice Ne rend pas de ses feux votre épouse complice; Elle ignora peut-être, en revoyant le jour, Et l'audace et l'éclat d'un téméraire amour. Mais, depuis que Raoul s'éloigna de la France, Auroient-ils de leurs cœurs trahi l'intelligence?